Témoignage : Servir en assistance militaire technique (5) ... Quelques dangers de la vie en brousse.


        Pour redonner dans le sérieux après avoir évoqué mon quotidien dans ce club des joies simples, s’il y a une chose que je souhaiterais transmettre aux plus jeunes c’est la nécessité de rester vigilant en séjour. En Afrique, sous des apparences de calme, le danger peut en effet survenir brutalement tant du fait de la faune que des hommes… Comme je reviendrai sur ce sujet à l'occasion des différents articles que je rédigerai au sujet des autres pays où j'ai été conduit à séjourner, je limiterai ici mon témoignage au seul territoire de Djibouti.

 

 

1 – LA FAUNE.

 

En dehors du passage des trains, notre quotidien était parfois agrémenté par la découverte de la faune locale… Cette dernière, caractéristique des déserts chauds, était surtout composée de troupeaux de moutons et de chèvres qui n’hésitaient pas à monter dans les branches des arbustes pour trouver à manger, de dromadaires et aussi, outre les oiseaux en tous genres, de petits animaux comme les fennecs, les chacals, les hyènes, les phacochères ou les dik-dik qui sont des antilopes naines… Une dizaine d’années plus tard, alors que je me trouvais en Somalie dans la région de Baidoa j’ai été invité à une partie de chasse et j’ai tué deux de ces antilopes d’une seule balle de M 16, la balle ayant traversé les deux pauvres animaux qui se trouvaient côte à côte... Inutile de dire combien je regrette aujourd’hui ce tir même si cela a contribué à améliorer notre ordinaire…

Si je n’ai jamais pu voir de félins qui pourtant avaient dû exister à une certaine époque, car les officiers de Légion avaient laissé une cage dans laquelle ils gardaient autrefois m’a-t-on dit un guépard, j’ai en revanche été confronté à de multiples reprises aux singes, aux scorpions et aux serpents…

S’agissant des singes, les fameux cynocéphales, ils venaient régulièrement en période de forte sécheresse s’abreuver aux portes de la maison dans un bac mis en place pour les oiseaux… Se déplaçant en bande organisée ils étaient impressionnants du fait de leur taille et pouvaient être dangereux par leurs morsures. Beaucoup de rumeurs circulaient sur leur compte… certaines plus fantaisistes les unes que les autres... Parmi l’une d’entre elles, il y avait le saccage de l’ordinaire de la Légion à Arta un jour où on les avait empêchés d’accéder aux poubelles… Il se disait toutefois sous le manteau qu’on pouvait à juste titre se demander qui en fin de compte des cynocéphales ou des légionnaires avait fait le plus de dégâts dans cette affaire… surtout quand on connaît la façon dont certaines pertes sont épongées à l’occasion d’un événement majeur, du type vent de sable, accident, inondation ou cyclone… mais ne soyons pas mauvaise langue…

Une certitude par contre, c’est qu’il ne faut pas "jouer" avec ces animaux en raison des risques de morsure… A Hol Hol nous avions une bande assez importante de singes qui devait séjourner à proximité du poste, sans doute dans les anfractuosités de l'oued. Un jour en période de saison chaude, les ayant vus s’approcher de la popote à travers ma fenêtre pour s'abreuver, je sortis pour les effrayer en criant… Ils firent un bond de l’autre côté de la voie ferrée... avant de revenir quelques minutes plus tard. Je recommençais une seconde fois ma sortie mais là je constatais d’une part qu’ils n’avaient reculé que d’une vingtaine de mètres, d’autre part que beaucoup d’entre eux se dressaient et criaient dans ma direction en montrant des canines impressionnantes… Il devenait donc plus prudent pour moi de cesser ce petit "jeu"… aussi je les laissais s’abreuver tranquillement.

Passant sur les scorpions, plus dangereuse était la rencontre avec les serpents à propos desquels j’ai conservé en mémoire trois "anecdotes"…

Ma première rencontre avec les serpents survint le lendemain de mon arrivée au poste, à l’heure de la sieste… En me réveillant j’aperçus sur le carrelage de ma chambre ce qui ressemblait à un tuyau de couleur sombre et qui était en fait un petit serpent de quelques dizaines de centimètres qui venait sans doute de sortir d’un placard.. Me demandant un bref instant si ce n’était pas là un bizutage fait au jeune officier débarquant, j’appelais mes deux sous-officiers qui au vu des bonds de cabri qu’ils firent en entrant dans la chambre, n’étaient visiblement pas dans le coup… La chambre étant inoccupée depuis le départ de mon prédécesseur plusieurs mois auparavant, l’animal y avait simplement élu domicile. Depuis ce jour-là, j'ai pour habitude de regarder sous et derrière les meubles quand je m'installe quelque part, surtout dans un endroit qui est vide depuis un certain temps. Vivant en Thaïlande une grande partie de l'année, pays où abondent les cobras et les kraits, c'est là un rituel que nous pratiquons avec mon épouse à chacun de nos retours de vacances... Croyez-moi, on dort beaucoup mieux ensuite après ce "tour du propriétaire"... La meilleure protection en la matière reste encore de garder les alentours du lieu de vie propre, sans dépôts d'objets pouvant abriter un reptile, de garder rase l'herbe et de tenir fermées portes et moustiquaires... 

Une autre rencontre impromptue survint un soir où j’étais seul au poste, mon adjoint étant descendu en liaison en ville. Mettant à profit le fait que le château d’eau avait été rempli, j’en profitais pour arroser un semis installé devant la popote et dépoussiérer un peu mon véhicule… Au moment où je reculais sans regarder pour fermer le robinet, je "sentis" instinctivement une présence derrière moi… Ayant tendu le bras, je m’aperçut en me retournant qu’un serpent gris à demi-dressé et la gueule ouverte à quelques centimètres de ma main captait les gouttes d’eau qui suintaient à la jonction du robinet et du tuyau… Inutile de raconter le bond d'enfer que je fis, le palpitant emballé à fond les manettes… Saisissant une perche pourvue d’un nœud coulant que nous conservions en prévision d'une telle rencontre, je finis par rattraper l’animal par la queue, un serpent sans doute du genre naja, au moment où il escaladait les marches de la véranda. Le secouant énergiquement au sol avec ma perche au risque de me le récupérer au tour du cou comme un cache-col s'il se décrochait je finis par lui faire un sort en lui jetant, stress oblige, tout ce qui me tombait sous la main à commencer… par une chaise pliante en bois qui se trouvait à portée de main… La vie de cette bestiole s’acheva ce soir-là dans un bocal…

 



Une visite dont nous nous serions bien passés, "lui" et moi...

Ma dernière rencontre avec les serpents, bien que virtuelle, n’en fut pas moins impressionnante… En prévision d’une éventuelle morsure nous avions toujours en réserve au frigo des ampoules d’anticoagulant et de tonicardiaque. Les ayant montrées au médecin du Groupement commando des frontières (GCF) lors d’un de ses passages d’inspection des postes, il m’avait expliqué quoi faire en cas de morsure… ignorant en fait qu’il serait le premier à en bénéficier… En effet, quelques semaines plus tard, toujours à l’heure de la sieste, je fus réveillé en sursaut par des crissements de pneus et des claquements de portières de véhicule devant le poste… Émergeant la gueule "enfarinée" de ma chambre, je vis notre toubib entrer en courant dans la popote en me lançant au passage, les yeux exorbités "Donnez-moi vite vos ampoules, je viens de me faire mordre par un serpent ! ". S’asseyant sur notre canapé, il se fit alors les injections et nous demandâmes par radio une évacuation par hélicoptère pour lui… demande qui nous fut refusée par notre correspondant djiboutien pour je ne sais quel motif… Il fallut donc expédier en catastrophe notre bon docteur par la piste, en doublant par précaution les véhicules pour le cas où une panne serait survenue à l'un d'entre eux… Le seul responsable dans cette affaire c’était lui car lors d’un arrêt sur la piste de kaba Kaba, ses goumiers avaient attrapé un serpent dont ils avaient "cloué" la gueule au moyen d’une épine d’arbuste… Voulant voir l’animal de plus près, notre toubib approcha la main de la gueule du serpent qui se dégageant le mordit au doigt… 

Le malheur fut qu’arrivé à l’hôpital les médecins eurent du mal à diagnostiquer le type de serpent et mirent du temps pour administrer le traitement adapté… notre toubib y récupérant en sus de sa nécrose… une hépatite virale à l'occasion d'une transfusion sanguine… Résultat, ce fut pour lui un rapatriement anticipé sur la France et la vente en urgence de son 4x4 et de son petit voilier… Fort heureusement notre ami finit par recouvrer l’usage de ses doigts ce qui lui permit de poursuivre par la suite une carrière de chirurgien et… de sauver quelques années plus tard au bloc opératoire de Sarajevo un camarade capitaine au 21ème RIMa gravement blessé par balle dans la région du cœur sur les monts Igman…

Une chose est certaine dans cette affaire, et j’ai pu par la suite le constater dans pas mal d’endroits, notamment en Guinée ou au Vietnam, les serpents ne sont pas réellement une menace car nombre de morsures ne sont pas accompagnées d’envenimation… du moins sous réserve qu’on n’essaie pas de les capturer ou de les manipuler. Dans ce cas, s’ils sont en danger de mort, ils libèrent alors tout leur venin en vue de survivre. C’est malheureusement ce qui devait se produire quelques années plus tard au Sénégal à la fin d’une manœuvre franco-sénégalaise mais ce coup-ci la morsure d’une vipère heurtante fut fatale à un jeune caporal-chef… en dépit des moyens d’intervention et d’évacuation disponibles… Dans tous les cas, si morsure il y a, il est important d'identifier même grossièrement le type de serpent concerné. Dans le cas de notre toubib, une grosse perte de temps découla de cette impossibilité retardant de fait l'administration du traitement adapté. Terminons sur ce sujet avec les recommandations d'usage : se couvrir les jambes et ne pas marcher pieds nus, éclairer si on sort la nuit, utiliser un bâton pour fouiller les broussailles et... éviter de traîner là où il ne faut pas au crépuscule car c'est l'heure à laquelle sortent la plupart des animaux, quand la chaleur baisse. J'y reviendrai d'ailleurs plus longuement et parfois humoristiquement, lorsque je parlerai de ma découverte de la forêt tropicale humide...



Nécrose d'une main après morsure de serpent


Les dangers de la faune peuvent toutefois être insoupçonnés... Ainsi, un jour où je circulais à moto sur la piste, entre deux rangées de pierres bordant celle-ci, pierres dont la taille allait du petit pois au wagon de chemin de fer, une chèvre surgie de nulle part traversa soudain devant moi... Lancé à vive allure pour "surfer" sur la tôle ondulée je ne pus rien faire, sauf en une fraction de secondes m'accrocher au guidon pour sauter par-dessus l'animal... Si j'avais perdu le contrôle de ma machine, il est probable que j'aurais « séché » un bout de temps au soleil dans ce coin perdu où personne ne serait venu me récupérer... Une autre fois ce ne fut pas une chèvre mais un dromadaire qui surgit brutalement devant moi et qui effrayé par la moto mais sans pouvoir s'écarter de la piste, courut devant moi pendant plusieurs centaines de mètres...

Dernière menace de la faune, sans doute la plus grave, même si mes rappels ne sont pas exhaustifs, les moustiques qui sont vecteurs de graves maladies, du paludisme à la dengue ; là encore les conseils sont archi connus : se couvrir le corps en fin de journée, utiliser des répulsifs et des moustiquaires, éviter de garder des eaux stagnantes, etc.

 

 

2 - LES HOMMES.

 

La faune n’était pas le seul risque contre lequel il fallait se prémunir… Il y avait aussi les hommes et même si le pays était en paix, cela ne signifiait pas que l’insécurité en avait disparu…

Bien qu’ayant lu dans ma jeunesse "Les secrets de la mer rouge" d’Henry de Monfreid, je n’avais absolument pas conservé en mémoire les lignes qui décrivaient ce milieu naturel qui débutait aux portes de Djibouti et qui désormais allait devenir mon cadre de vie pour de longs mois :

« En arrière de la ville, un désert de lave noire, couvert de buissons épineux, étend sur 300 kilomètres une inexorable solitude jusqu’aux plateaux du Harar. La civilisation s’arrête devant cette nature farouche, qui ne donne rien pour la vie de ses créatures. Seuls les Issas, sauvages et cruels, y vivent en nomades, la lance et le poignard toujours prêts pour achever le voyageur blanc que le soleil n’aurait pas tué. » 

De ce fait, si j’avais été plus méfiant, une chose est certaine, je n’aurais pas embarqué dans ma jeep Toyota ces trois nomades qui marchant le long de la piste m'avaient fait signe de m’arrêter alors que je revenais seul d’une liaison sur Djibouti…

Ce n'est que lorsqu'il s'accroupirent derrière moi dans la jeep que je remarquais alors leur Dil Danakil, par-dessus leur "fouta", ce long coutelas de plusieurs dizaines de centimètres utilisé par les Afars et les Issas… mais sans m’en inquiéter particulièrement plus pour cela… Après les avoir véhiculés sur une quinzaine de kilomètres, ils me demandèrent par geste de les arrêter et ils disparurent aussi sec dans la brume de chaleur, vers leur campement, quelque part milieu des cailloux... Revenu au poste, je racontais mon affaire à mon adjoint… qui "m’incendia" alors littéralement… en me demandant si je n'avais pas perdu la raison car j'aurais très bien pu me faire égorger dans un coin par ces trois types, juste pour quelques sous, car la vie ne compte pas beaucoup en Afrique ainsi qu’il l’avait constaté au Zaïre en 1978, au moment du drame de Kolwezi. Ce fut là une leçon que je ne suis pas prêt d’oublier… 

Cette dangerosité de l’Afrique je devais d’ailleurs la vérifier pas plus tard que quelques semaines après cet incident, alors que répondant à une invitation à dîner de camarades affectés à la compagnie de combat du 5ème RIOM stationnée à Arta, j’avais décidé de couvrir la quarantaine de kilomètres séparant cette localité de Djibouti-ville à moto. Ayant pris la route en fin de journée, la nuit était tombée lorsque je vis dans mon phare se profiler au loin un type qui marchait au milieu de la route déserte. Au fur et à mesure que la distance diminuait j’eus le net sentiment que l’intéressé venait de mon côté… Alors qu’en ralentissant je donnais un coup de guidon à gauche pour m’en éloigner je vis le type revenir vers l’autre côté… Parvenu à une dizaine de mètres alors que je venais de donner à nouveau pour l’éviter un coup de guidon sur la droite, je vis le gars traverser devant moi en courant. Pensant naïvement que j’avais affaire à un fou, les simples d’esprits étant laissés libres de circuler, ce fut par miracle qu’au dernier moment je l’évitais, tout en le touchant avec mon guidon au niveau de la poitrine. J’entendis un cri, et tout en zigzagant mais fort heureusement sans tomber, je remis les gaz et poursuivis ma route... Ce n’est qu’en arrivant chez mes amis que je m’aperçus en pleine lumière, qu’outre le bris de mon rétroviseur, mon avant-bras droit ensanglanté portait une belle estafilade… De toute évidence le type avait essayé de me planter au passage mais sa lame avait glissé, sans doute au contact du rétroviseur qui avait éclaté… D’un commun accord nous décidâmes alors qu’il était plus prudent que je reste dormir chez eux après le repas… mais cette affaire avait une fois de plus démontré que la vie en Afrique peut basculer facilement en un rien de temps pour trois fois rien et qu’il faut toujours rester très prudent…

 

 

3 – LE RISQUE DE COMPROMISSION.

 

A tout ceci il convient d’ajouter un autre danger de l’AMT, beaucoup moins évident, qui est le risque de compromission… S'il n'y a pas mort d'homme comme sanction, il y a en revanche un risque de rapatriement anticipé accompagné de sérieux désagréments, voire même d'ennuis judiciaires à la clé... Ainsi que je l’ai dit précédemment, nous disposions d’un arsenal assez particulier où les armes modernes données gracieusement en exemplaires limités par des pays étrangers pour susciter des commandes plus importantes voisinaient avec de vrais armes de collection datant de l'époque de la Côte française des Somalis… 

Comme nombre de camarades, bien que n’étant pas collectionneur, j’aime bien les armes et en particulier celles de la seconde guerre mondiale car elles font partie intégrante de notre histoire. Un jour où je manipulais un Luger P 38 orné de l’aigle allemand que je venais de tirer d’une caisse qui en contenait une bonne dizaine, je me vis proposer par l’armurier d’en conserver un pour mon usage personnel et à titre de souvenir, car ces armes n’étaient pas vraiment répertoriées… Ces pistolets allemands provenaient apparemment d’un stock d’armes qui lors de la Libération de Paris avaient été données à la police parisienne, avant d’être envoyées sur Djibouti pour finir leur carrière dans les soutes de l’école de Hol Hol… Inutile de dire que ce pistolet magnifique me brûlait les doigts mais hésitant longuement à l'accepter ce fut avec déchirement que je renonçais à un cadeau que je sentais par anticipation comme empoisonné… La suite devait me confirmer que j’avais vu juste car quelques mois plus tard un officier supérieur français de l’AMT connut quelques déboires en acceptant un lot de fusils gras confisqués à une caravane venant d’Éthiopie mais dont les membres  réclamèrent ensuite à grands cris la restitution avant de repasser la frontière… Montée en épingle par les cadres djiboutiens dans le cadre d’une vengeance contre ce cadre, l’affaire fit grand bruit et défraya un moment la chronique de notre petite communauté…

Une autre "mini scandale" éclata lorsque certains coopérants qui, avec l’assentiment des locaux avaient récupéré des pneus réformés, furent accusés par ceux-là mêmes de détourner les matériels de l’AND… Là encore il fallut resituer les choses dans leur contexte et "remettre les pendules à l’heure" mais il n’en reste pas moins qu’une enquête de commandement interne à la mission militaire fut lancée et que tous ceux d’entre nous qui avaient changé récemment des pneus sur leurs jeeps durent prouver leur provenance… Inutile de dire que tout ceci fut préjudiciable au climat relationnel interne entre Français et Djiboutiens... qui eux ne se privaient pas en revanche pour trafiquer en mouillant le plus de monde possible au passage…

Cette série d’évènements ont fait qu’à partir de ce moment j’ai été convaincu pour le reste de ma carrière que le risque de compromission était sans doute le danger le plus grave qu’on ait à affronter en servant en Assistance militaire technique… quand bien même cette "compromission" ne porterait que sur des bricoles… Il convient de garder en mémoire que tous les moyens sont en effet bons pour prendre la main sur un coopérant et sans parler des espèces sonnantes et trébuchantes, en matière de cadeaux ou de services rendus, de l’alcool aux femmes en passant par les armes… il faut donc rester extrêmement prudent en la matière, ce que disait précisément déjà en son temps le colonel Ferrandi :

« Il faut prendre pour règle absolument générale de ne rien accepter du commerce sous forme de cadeau ou présent, quelque apparence que la chose doive revêtir. Vis à vis des indigènes, la même conduite est à suivre tout aussi rigoureusement, car on ne saurait échapper sans cela à cette accusation si élastique et en même temps si nuisible d’officier qui fait du commerce. Bien se rappeler qu’on n’éviterait même pas l’accusation en rendant 10 fois la valeur du présent reçu ; il vaut donc mieux complètement s’abstenir de cette petite satisfaction qui conduit à se procurer quelques curiosités ; le plaisir que leur possession donne n’est certes pas en rapport avec l’ennui qu’elle peut procurer de la part de gens mal intentionnés. »

C’est là, répétons-le, une leçon à ne jamais oublier et en ce qui me concerne à chacune des interventions que j’ai pu faire au profit de jeunes cadres, j’ai estimé nécessaire de la rappeler pour leur éviter des déboires ultérieurs…

 

 

            Pour compléter ce tableau non exhaustif car je n’ai pas abordé tous les "risques" potentiels, redonnons la parole au colonel Ferrandi qui dans "L'officier colonial" écrivait les lignes suivantes :

« Au débutant qui va ainsi se lancer dans un monde inconnu, il faut conseiller une sage modération et quelques précautions essentielles. Lorsque, partant pour le Tchad par Tombouctou et Niamey (c’était là vraiment un itinéraire d’école buissonnière), je me présentais au colonel Le Camus, vétéran de l’Arme et commandant militaire du Sénégal, il dit simplement au sous-lieutenant imberbe que j’étais : « Il y a quatre choses dont il faut se méfier en Afrique : l’eau, le soleil, les moustiques et les femmes ! » Le conseil était certes fort bon et je me suis soigneusement méfié, en effet, du soleil et des moustiques. J’ai toujours porté mon casque entre le 25° degré de latitude nord et le même degré de latitude sud et j’ai toujours usé de la moustiquaire quand je me trouvais dans les pays infestés de moustiques. Quant à l’eau, j’ai fait de mon mieux pour qu’elle soit saine, mais je ne puis affirmer que mes ordonnances ou mes boys m’aient fourni pendant quinze années de l’eau filtrée. Il existe des procédés très brevetés de stériliser de l’eau et il y a des gens qui boivent sans arrêt du permanganate pour éviter d’avaler des filaires ou des amides. Hélas, un jour, le boy chargé du filtre a oublié une des prescriptions rituelles et le consommateur confiant a vu d’un seul coup, réduire à néant les effets de ses sages précautions antérieures. Le filtre est certainement utile, mais un peu de chance est encore plus nécessaire.

Les femmes offrent aussi des risques qui sont trop connus pour que j’insiste. Au surplus, les conseils que je donnerais à ce sujet risqueraient fort d’être aussi peu suivis que ceux du brave colonel Le Camus. J’en fais donc ici l’économie. »

 

N'ayant rien à rajouter à ces sages propos, je conclus donc là cet article... en espérant que le lecteur ait bien compris entre les lignes quel était le principal danger auquel serait confronté le marsouin esseulé sous les tropiques... 



(A suivre)...

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