Les lignes qui suivent sont directement extraites d'une conférence donnée par le capitaine Beslay fin 1955 et que j'ai complétée par quelques apports dégagés d'une conférence du Colonel besson, ancien Attaché de Défense en Arabie saoudite, à laquelle j'ai assistée au CMIDOME.
Les données du Chef de bataillon Beslay sont dégagées de ses observations relatives au Maghreb et nécessitent d'être en partie réactualisée... encore qu'elles constituent un fil directeur utile pour la plupart des situations... notamment avec les personnes ayant reçu une éducation traditionnelle.
Nombre de ces observations sont transposables au Proche et au Moyen Orient.
1 - La religion, première source du savoir-vivre…
L’Islam a profondément marqué la vie du Musulman jusque dans les moindres détails de la vie de tous les jours de certains, comme le révèle la codification des détails de la prière, la façon de manger, de se couper les cheveux ou même d’éternuer…
Être bien élevé, c’est d’abord être cultivé dans le sens religieux du terme, respecter les préceptes coraniques et les enseignements de la « Sunna » :
- les formules de politesse et les salutations sont donc d’abord des formules religieuses dont « l’importance magique » ne doit jamais être oubliée ;
- ainsi, une parole n’est jamais prononcée « en l’air » et on ne plaisante pas avec les mots surtout quand ceux ci appartiennent à des formules écrites dans le Coran.
2 - La magie, deuxième grande force qui dicte les gestes ou les paroles…
Le Musulman est souvent resté profondément imprégné de croyances superstitieuses – généralement antérieures à l’Islam :
- il croit à l’existence de toutes sortes de puissances occultes bénéfiques ou maléfiques ;
- il se soumet aux règles imposées par la magie pour agir sur les forces mystérieuses favorables ou redoutables, dont il est entouré.
La plus dangereuse de toutes ces forces est le mauvais œil, la malchance, contre lequel on peut se prémunir :
- en ne favorisant pas l’envie ou la jalousie…
- en évitant les compliments, les louanges qui attirent les mauvais esprits…
- en évitant de faire allusion à des drames, des infortunes car le malheur attire le malheur…
- en n’employant pas certains mots néfastes ou impurs (porc, chien…)…
3 - La tradition et la coutume…
Il s’agit dans ce domaine d’observer les règles à la lettre et il n’y a pas de place pour l’imagination, pour l’initiative personnelle : le musulman doit se conformer scrupuleusement à la lettre du code traditionnel. Les nombreux proverbes qui fleurissent dans la culture arabe illustrent parfaitement cette disposition d’esprit. Les différents points qui suivent nous permettent de souligner combien la politesse musulmane est imprégnée de superstition et de croyances aux forces magiques, plus encore peut être que de convictions religieuses…
4 - Les salutations…
La première formule obligatoirement échangée est « essalam alikum » (le salut sur vous) :
- On la prononce en abordant un Musulman, à la fin de la prière, au début des lettres, en entrant dans les mosquées, etc.
- Elle est toujours adressée au pluriel (sur vous) même si l’interlocuteur est seul car elle s’adresse aussi à ses anges gardiens, invisibles mais présents… La réponse « alikum salam » est obligatoire !!!
5 - Les formules de politesse, les exclamations…
Les formules de politesse sont variées et souvent longues, elles font penser à la récitation de quelque litanie qu’on égrène sans conviction ni précipitation parce qu’on n’est pas pressé.
Elles ne sont jamais inutiles car outre leur caractère magique, elles donnent aux interlocuteurs un court répit pendant lequel il leur est loisible de s’observer discrètement sans engager brutalement une conversation directe, dangereuse ou compromettante.
Ces formules sont presque toujours religieuses : même lorsqu’elles négligent de le nommer, c’est toujours Dieu qu’elles invoquent. C’est aussi Dieu qui est invoqué dans les insultes pour maudire ou dans les exclamations prononcées dans les moments difficiles.
6 - Le souci du rang...
La première obligation d’un musulman est de demeurer à sa place, de tenir son rang : le subordonné doit respecter le supérieur, le supérieur ne doit pas s’abaisser sous peine de déchoir ; comme le précise un proverbe : « Ne joue pas avec les chiens, ils se diraient tes cousins. »
Le respect dû aux supérieurs, aux parents, aux gens âgés nécessite de prodiguer à chacun les marques extérieures de respect qui lui sont dues : les enfants baisent la main de leurs parents, on embrasse sur l’épaule les chefs ou les vieillards…
7 - Les repas...
Parmi les nombreuses prescriptions en vigueur, les plus importantes sont les suivantes :
- on mange avec la main droite, si possible avec les trois premiers doigts, car la main gauche sert aux usages impurs même si certains musulmans se servent de leur main gauche pour tenir leur fourchette ;
- il est bienséant de se laver les mains avant et après (non sans avoir consciencieusement léché ses doigts à la fin du repas, non par gloutonnerie mais pour qu’aucune parcelle de nourriture ne soit perdue) ;
- il n’est pas convenable de manger ou de boire debout, de souffler sur un met chaud, de choisir les morceaux au milieu du plat ;
- pour boire le café qui est offert à l’arrivée dans de petites tasses, boire seulement une ou deux tasses puis rendre la tasse en secouant le poignet comme cela est de mise notamment en Arabie Saoudite, afin que l’on puisse ensuite passer au thé ou aux rafraîchissements…
8 - Les discussions...
Dans une discussion avec un musulman, le mieux est de s’entretenir principalement de sa santé et de son bien être, de rendre hommage à sa famille… sans être pressé, car la culture arabe accorde davantage d’importance au temps qu’aux choses.
Que l’on ait été présenté ou non à toutes les personnes se trouvant dans la pièce, il est important d’agir comme si on les connaissait car le fait de se trouver ensemble chez le même hôte signifie que l’on appartient à son cercle de connaissances.
L’usage des cadeaux dont se fait précéder le visiteur est aussi une pratique courante pour marquer sa déférence… et préparer favorablement une discussion…
Le recours à un intermédiaire pour soumettre une requête alors que cela aurait pu être fait directement est fréquent dans le monde arabe : cela évite les pertes de face, place l’affaire sous des auspices favorables et manifeste le respect du demandeur qui n’a pas osé s’adresser directement à nous…
Lors d’un échange il est par ailleurs essentiel de ne pas contredire de façon formelle son interlocuteur, surtout en public, car cela lui ferait perdre la face…
9 - Les choses à ne pas faire ou à éviter…
Si l’on se trouve en présence de personnes d’un rang social élevé ou très attachées aux traditions et au respect des préceptes religieux il convient :
- de témoigner de façon ostentatoire les formes de respect dues aux personnes plus âgées, d’un rang social plus élevé et de se montrer très respectueux vis-à-vis de la famille d’un interlocuteur…
- d’éviter de parler de femmes ou de sujets frivoles, de fumer, de chanter devant ceux qu’on est tenu de respecter… ;
- de parler fort, avec des gestes, de se mettre en colère, de regarder un interlocuteur dans les yeux, de lui dire ce qu’on pense de lui ;
- d’éviter de questionner, de demander à quelqu’un son nom (ce serait insinuer qu’il peut ne pas être connu de tout le monde), de proposer un pari, d’accepter une proposition vague comme de la refuser trois fois de suite…
- d’éviter de demander à quelqu’un de se découvrir à l’intérieur ou à l’extérieur, de s’habiller de façon indécente, c'est-à-dire sortir sans chemise ou en short…
- de ne pas critiquer les gens, notamment en public…
- d’éviter de partir trop rapidement lors d’une rencontre ou après un échange…
- de ne pas employer dans la conversation certaines expressions courantes en Occident mais insultantes en Orient (« Ne soyez pas idiot ! ») car déshonorantes pour la famille de l’intéressé… ou d’aborder certains thèmes de discussion en relation avec l’existence d’Israël et sa politique au Moyen Orient ;
- d’adopter enfin une attitude physique toujours correcte (tenue vestimentaire non dénudée, position des pieds bien à plat sur le sol, jambes non croisées…)…
Parmi les autres sujets à ne pas aborder car correspondants à des interdits, on peut aussi citer entre autres :
- Le reniement de Dieu ;
- Le manque de respect envers les parents ;
- Le meurtre, le suicide, le vol, le mensonge, la corruption, la médisance, la sorcellerie, l’usure, le faux témoignage, l’adultère ;
- Les jeux de hasard, le vin et les boissons fermentées (alcoolisées) ;
- Certains interdits alimentaires (porc, viande non sacrifiée rituellement…)…
Ainsi qu’on peut le constater, et même si notre interlocuteur est quelqu’un de très « ouvert », voire d’occidentalisé, il n’est donc jamais très facile de trouver des sujets de conversation tout à fait libres…
(A suivre)...

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