Témoignage : Servir en Assistance militaire technique (2) ... A la découverte du milieu djiboutien.


Parmi les souvenirs que j’ai gardés de ce premier séjour, il y a bien entendu la découverte d’horizons nouveaux et de populations très particulières… S’agissant de ce sujet, je ne vais pas développer outre mesure des données qui en principe figurent dans les monographies remises avant le départ mais je ne peux pour autant faire l’économie de parler un peu du pays et de ses habitants en reprenant quelques extraits tirés des documents qui m’avaient été remis en 1983 avant mon départ ou de certaines de mes lectures… On ne saurait en effet appréhender correctement les traits de caractère des populations sans connaître l’influence que le milieu fait peser sur elles...

 

Si la vie en poste n’était pas toujours chose aisée, ainsi que je l'ai dit, avec mon adjoint nous avions en contrepartie le plaisir de "courir la brousse" librement pour mener à bien le stage de formation qui nous avait été confiés. Par rapport aux forces françaises ou à ceux de mes camarades AMT qui étaient affectés en ville, l’avantage majeur que nous avions était en effet de pouvoir disposer d’une liberté d’action et de déplacement fort appréciable, ce qui m’a ainsi permis de découvrir grandeur nature un territoire très particulier où le volcanisme est omniprésent.

 

 

1 – UN TELLURISME VIVACE ET OMNIPRESENT.

 

Pour décrire de façon succincte ce territoire, le mieux est encore de se reporter à certains extraits de la monographie qui m’avait été remise à l’époque et que j’ai conservée :

« Ancien territoire des Afars et des Issas, la République de Djibouti est située sur la côte orientale de l’Afrique, au débouché de la Mer Rouge et du Golfe d’Aden. Ses frontières terrestres sont communes au nord avec l’Éthiopie et au Sud-est avec la Somalie. Les côtes, souvent plates et sablonneuses s’étendent sur environ 370 km. L’origine volcanique des sols et le climat semi-aride chaud donnent au pays un caractère désertique ; les précipitations étant par ailleurs très faibles et aléatoires. /…/.

La République de Djibouti est située en totalité à l’intérieur de la zone d’effondrement terrestre provenant de l’écartement progressif de l’Arabie et du continent africain. Son aspect révèle les convulsions qui l’ont bouleversée au cours des âges géologiques car cette région de l’écorce terrestre semble encore mal consolidée et les secousses sismiques y sont relativement fréquentes. Mais placée sur la frange de la grande cassure de la Corne orientale africaine courant de la Rift Valley à la Mer Rouge et qui se matérialise dans le Golfe de Tadjourah par plusieurs failles, elle reste en dehors des grandes manifestations telluriques. La dernière éruption, celle de l’Ardoukoba date de novembre 1978.

Le relief d’origine volcanique est constitué en grande partie d’une série de plateaux bordés de failles enserrant de vastes plaines plates et basses. » 


Photo @mohamedrayed@hotmail.fr

Le volcan Adourkoba


Quand on parcours ce territoire de Djibouti on s’aperçoit très vite qu’on peut y distinguer trois grandes régions : la région Nord au contact de l’Éthiopie et de l’Érythrée, la région Sud bordant la Somalie et l’Éthiopie, et entre les deux, une zone d’effondrement qui donnera un jour naissance à la mer Erythréenne...





Pour décrire la brousse djiboutienne telle que je l’ai vue je préfère céder la parole à André Laudouze, auteur d’un livre que je recommande» « Djibouti : Nation carrefour » , et qui s’avère être un conteur hors pair… même s’il embellit souvent la réalité :

« Si notre voyageur commençait son périple par le sud du pays, il pourrait, la nuit, s’approcher dans un silence extraordinaire, du fort blanchi d’Assamo aux confins de l’Éthiopie dans un décor digne du désert des Tartares de Dino Buzzati. Peut-être parcourait-il l’une ou l’autre de ces failles parallèles, séparées par des plateaux basaltiques, donnant naissance à des plaines où une végétation africaine permet la nomadisation des troupeaux : plaine de Hanlé, de Gobaad, de Gagadé. Paysages bibliques ! Au rythme des caravanes ou des troupeaux, il lui faudrait aller et venir entre les haltes salutaires des oueds tapissées de jujubiers, de tamaris, d’épineux et d’acacias. Après la traversée en jeep, du désert argileux du grand Bara, peut être faudrait-il pousser, cap à l’ouest, vers le lac Abbé qui fait frontière avec l’Éthiopie : un lac aux  reflets bleu indigo. S’y dressent d’immenses et bizarres cheminées calcaires. S’y ébattent de magnifiques flamants roses… Notre voyageur aura sans doute, entre-temps, durant sa marche, rencontré quelques agglomérations : au nord Tadjourah et Obock ainsi que Dorra. Au sud, Ali Sabieh, Dikhil. Ici et là, en transhumance ou en semi-sédentarité, des campements de bergers… »



2 – LE CLIMAT ET LA VEGETATION..

 

Au point de vue climatique il est bien connu que Djibouti se situe au rang des pays les plus chauds du globe… La rumeur populaire a ainsi colporté l’idée que seul un palmier en zinc pouvait survivre dans cette antichambre de l’enfer… donnant ainsi son nom à ce célèbre bar de la place Ménélik qui existait encore à mon époque mais qui depuis a hélas été détruit… 

Si en zone côtière, notamment à Djibouti-ville on baigne une partie de l’année dans une désagréable atmosphère chaude et poisseuse, en particulier en mai et en septembre, atmosphère certes parfois tempérée par la brise maritime, à Hol Hol en revanche on échappait davantage à cette humidité ambiante, les écarts de température étant assez marqués entre le jour et la nuit. Ceci ajouté à la climatisation mise en œuvre la nuit grâce à un groupe électrogène faisait que nous pouvions récupérer correctement. Le plus difficile à supporter était sans doute le khamsin brulant qui soufflait du Nord – Nord-ouest entre mai-juin et août-septembre en desséchant tout et en recouvrant de poussière chaque objet. Sans atteindre les effets extrêmes et bien connus de la « soudanite » il est certain toutefois que ce vent nous tapait parfois sur les nerfs et nous rendait irritables…

Nos Anciens savaient d’ailleurs pertinemment qu’en Afrique le climat exerce une influence certaine sur les comportements et les humeurs des hommes ; il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux propos de JC Froelich lors d’une conférence prononcée en 1959 au CMISOM et intitulée « La vie d’un commandant de cercle » :

« J’ai eu la malchance pour ma part de servir dans un poste où le docteur devenait fou (il attrapait la soudanite) entre le mois de mars et le mois d’avril. C’était un homme extrêmement courtois, très aimable, qui avait une femme charmante mais lorsque le mois de mars arrivait il se coiffait d’un chapeau tyrolien avec une plume, il n’allait plus à son hôpital et passait son temps à écrire des rapports contre moi. Bien entendu il me les faisait passer pour que je les transmette par la voie hiérarchique. La première fois j’ai été extrêmement ennuyé quand j’ai lu qu’il m’accusait des pires forfaitures. Tellement ennuyé qu’au lieu de transmettre le rapport j’ai d’abord téléphoné à mon commandant de cercle qui m’a dit : « Cela ne fait rien. Ne vous en faites pas, on connaît les rapports de ce docteur, on sait que pendant les deux ou trois mois chauds, il ne tourne plus rond ». Mais c’est que moi non plus je ne tournais plus très rond. Nous étions tous horriblement nerveux, j’ai fini par me disputer avec le docteur ; un inspecteur est venu voir ce qui se passait, il avait l’air apitoyé en nous regardant tous les deux… Il n’y a jamais eu de suite, on nous a seulement conseillés d’être un peu plus calmes et effectivement, lorsque les pluies sont arrivées fin avril, à la première tornade, j’ai vu le docteur s’approcher avec un casque colonial sur la tête et me dire, sans avoir l’air de rien, « Venez donc prendre l’apéritif à la maison ce soir », j’ai compris à ce moment-là que la soudanite était passée brusquement avec l’arrivée des pluies et que tout recommençait à marcher bien. »

Relativiser les tensions et les coups de gueule qui peuvent survenir dans ces conditions est donc nécessaire… faute de quoi on se brouille pour la durée du séjour…

 

Quand on doit « être et durer » dans ce type de conditions climatiques parfois extrêmes, il est impératif également de se préserver un rythme de vie équilibré en faisant surtout attention au sommeil. C’est d’ailleurs pour cette raison que nos Anciens vantaient les mérites de la sieste quotidienne, discipline dont je suis rapidement devenu un fervent adepte… mais qui nécessite toutefois d’être pratiquée avec certaines précautions comme le précisent ces lignes tirées du Manuel à l’usage des troupes employés outre-mer (1941) :

«  Dans les pays chauds, l’Européen perd une grande partie de son activité physique. Les heures chaudes de la journée sont souvent consacrées à de longues siestes, dont l‘abus provoque la surcharge graisseuse des tissus et l’anémie. La sieste est pourtant recommandable, principalement aux personnes dont l’estomac et l’intestin ont souffert du climat tropical. Elle doit suivre le repas de midi et sa durée ne dépassera pas une heure. Elle correspond à l’heure de repos allongé après le déjeuner que l’on prescrit aux dyspeptiques et aux malades atteints d’entérite ; mais rien n’est plus funeste et ne prédispose davantage aux congestions du foie que la sieste prolongée jusqu’aux heures du soir, précédant la station au café e les apéritifs qui conduisent jusqu’au dîner. »

S’agissant des dangers de la sieste, n’oublions pas enfin de rappeler que nos Anciens ne la pratiquaient qu’avec le concours de la célèbre ceinture de flanelle destinée à protéger le ventre des refroidissements générés par les ventilateurs et à éviter les dysfonctionnements intestinaux car « avoir le ventre qui coule » comme on dit en Afrique n’est jamais bien agréable… 

Vous voilà donc prévenus sur cet important sujet… qui en a laissé plus d’un sur le flanc… et qu'il convient par précaution de "pratiquer seul"...

 

Quant à la végétation ambiante essentiellement arbustive, elle était parfaitement adaptée à ce climat désertique. Lors des progressions à pied de nuit il fallait en particulier prendre garde aux épineux en tous genres car les rencontres avec les espèces du type acacia n’étaient pas des plus agréables… Au Day c’était en revanche un tout autre milieu avec une végétation totalement différente, plus arborée qu’arbustive et héritée de la forêt primaire d’autrefois, hélas aujourd’hui bien dégradée, car tout comme à Arta, l’altitude générait un micro climat plus frais et bien agréable en saison chaude.

Quand on vit en milieu désertique ou sahélien il convient de porter une attention particulière à son environnement naturel… Sans parler de souci écologique, le fait de planter et d’entretenir un peu de végétation sur son lieu de vie contribue au moins sur le plan visuel à embellir un cadre souvent austère. Le colonel Ferrandi dans l’officier colonial disait à juste titre qu’il faut être « l’ami de l’arbre »… 





3 – LE SUD.


Du fait du positionnement géographique de Hol Hol, notre terrain d’action privilégié était le sud du territoire, une zone d’élévation moyenne ainsi décrite dans la monographie que j’ai conservée :

« Cette région est sans unité géologique et sans orientation de relief. Au sud du golfe de Tadjourah, quelques plateaux basaltiques comme celui de l’Arta (750 m) ont encore des bords abrupts témoignant d’effondrements. A l’extrême sud du territoire, la région d’Ali Sabieh présente un aspect très particulier avec ses massifs gréseux aux teintes ocres et vertes, ses pitons déchiquetés et chaotiques. Entre ces deux régions d’Est en Ouest, de Djibouti à Dakka s’étend une contrée basaltique monotone, coupée par les vallées des grands oueds : l’oued Oueah qui se jette dans la mer près de Djibouti sous le nom d’oued Ambouli, l’oued Beyade, l’oued Hol Hol, l’oued Cheikletti aboutissant au Hamle. Dans cette région, par endroits le basalte fait place à des plaines sablonneuses ou argileuses telles que le petit et le grand Bara. »

Ces grands oueds sont bien évidemment à sec toute l’année mais lors de certaines saisons des pluies ils se remplissent brutalement, laissant passer en quelques heures des torrents d’eau, de boue et de rochers qui déferlent vers l’aval. J’ai personnellement été témoin des dégâts que peuvent occasionner ces crues brutales, d’une part à Hol Hol où l’arrivée des eaux a été si brutale qu’elle a emporté le linge et les effets des femmes qui mettaient à profit la première pluie de l'année pour faire une lessive, d’autre part à Ambouli où j’ai ainsi vu un enfant être emporté par la vague et disparaître en se fracassant contre les rochers, sous les yeux impuissants de la foule massée près du gué devenu impraticable. Comme le disaient régulièrement les Anciens, cette dangerosité des oueds fait qu’il faut absolument s’abstenir d’installer un bivouac sur leurs berges, car même s’il ne pleut pas à cet endroit, rien ne dit que l’eau de pluie d’un orage survenu en amont ne va pas déferler sur nous quelques heures plus tard… En outre, l’accumulation dans le lit de ces oueds au fil du temps de débris végétaux fait que des barrages naturels se créent et lorsque une pluie survient, après avoir fait monter le niveau de l’eau dans ces réservoirs temporaires, ceux-ci cèdent brutalement libérant un mur d’eau qui ensuite emportera tout sur son passage… J'invite sur ce sujet à relire les écrits de Roger Frison-Roche ou de Théodore Monod...


S’agissant du grand Bara, une anecdote me revient en mémoire, anecdote relative à une mésaventure qui serait survenue à des légionnaires de la 13ème DBLE… Il se disait ainsi qu’à l’occasion d’une traversée du grand Bara en VLRA, véhicule tactique tout terrain doté de ce que nous appellerions aujourd’hui un régulateur de vitesse, nos camarades légionnaires auraient décidé de se livrer à un petit jeu pour rompre la monotonie de la traversée de cette cuvette argileuse, plate comme la main… Les deux VLRA roulant côte à côte hors-piste, le jeu aurait parait-il consisté à faire passer momentanément un groupe de combat d’un véhicule dans l’autre en laissant le premier poursuivre seul sa route sans conducteur ni équipage à travers l’étendue désertique puis de remonter à son bord quelques instants plus tard… Tout cela aurait pu se passer sans problème, comme bien des activités du club des joies simples, sauf que le « véhicule refuge » eut une panne imprévue… On vit alors le véhicule vide poursuivre au loin sa route, tout seul « comme un grand », en direction de la montagne… sous le regard impuissant des cadres… avec au point de rencontre avec les rochers le résultat final qu’on devine… J’ignore si cette histoire est fondée ou s’il s’agit d’un ragot de popote colporté par de mauvaises langues de la Coloniale, mais si tel est le cas, il est probable en reprenant l’argot Légion, qu’au retour au PC de la 13 à Gabode, il dut y avoir un « cigare » fait maison pour le « cosaque » responsable de cette « banane »…

 

 

4 – LE NORD.

 

Au nord de Djibouti, zone que j’ai eue l’occasion de découvrir durant une activité de nomadisation, la configuration du terrain était par contre beaucoup plus contrastée comme le précise ma monographie…

« Cette région est formée en majorité d’épanchements volcaniques. En arrière de la plaine côtière, on rencontre d’abord un complexe de hautes collines déchiquetées dont les parties les plus importantes sont la chaîne d’Aoale au Nord et le plateau de Dalha au Sud, raviné de profonds canyons et dont l’altitude dépasse parfois 900 m. Plus à l’Ouest, les basaltes récents forment au contraire un plateau bas d’une remarquable monotonie comprenant le bassin de l’oued Weima et le plateau de l’Alta. Cette région est dominée au Nord par le Moussa Ali aigu et stérile. Le long du golfe de Tadjourah se dresse un haut pays infiniment plus varié et pittoresque. C’est la chaîne que forment les monts Mabla à l’Est et Goda à l’Ouest. »

La pluviométrie étant toutefois très irrégulière, il peut se passer plusieurs années sans pluie puis comme en mars 1981, voir tomber brutalement plus de 250 mm d’eau en seulement 3 jours… S’il n’y a aucun cours d’eau permanent, exception faite de l’oued Toha dans le mont Goda et de quelques petits oueds dans les Mabla qui coulent sur quelques kilomètres avant de se perdre dans les sables et les graviers, il y a en revanche ne nombreux écoulements souterrains, ce qui permet la présence de forages et de puits, chaque point du territoire étant paraît-il à moins de 20 km d’un point d’eau…

Un de mes meilleurs souvenirs des périodes de terrain à Djibouti a précisément été cette nomadisation en semi-autonomie que nous avons faite en saison chaude avec ma section de stagiaires dans le Nord du pays. Partis de Sagalou sur les bords du Goubeth, nous avons crapahuté jusqu’à la forêt du Day en grimpant de nuit à travers la montagne puis poursuivi jusqu’au Moussa Alli. A cette occasion j’ai été surpris par le manque de sobriété de mes stagiaires qui buvaient plus que moi mais fort heureusement, au fur et à mesure que nous grimpions la température baissait et nous avons pu mettre à profit des sources d’eau suintant dans les rochers. Un grand moment fut incontestablement cette douche prise à la cacade de Bankoualé dans un décor digne de l’Atlantide de Pierre Benoit, un lieu grandiose entouré de falaises magnifiques et sans âme qui vive aux alentours… sans doute un des meilleurs souvenirs de ma vie de marsouin…

Quand on se retrouvait à l’époque sur les pentes du Moussa Alli (2028 m), au beau milieu d’une zone de pierrailles calcinées, désolée et éloignée de toute civilisation, on avait toutefois un peu de mal à imaginer qu’une route asphaltée passait aux dires de mes stagiaires à seulement quelques kilomètres de là, côté éthiopien… donc inaccessible pour nous. Ce volcan qui constitue le point culminant de Djibouti est aussi le point de tri jonction entre les frontières des trois États de Djibouti, d’Éthiopie et d’Érythrée.

Au cours de cette période de nomadisation il nous est arrivé de tomber sur des caravanes de dromadaires venant d’Éthiopie ou y retournant chargées de sel, par les pistes chamelières qui serpentent à travers la brousse et qui sont reconnaissables au fait qu’elles prennent l’apparence d’un sentier dégagé de pierres. Conduites par des nomades arborant à mon époque le traditionnel fusil Gras, ces caravanes se déplaçaient en respectant visiblement certaines mesures de sécurité… C’est ainsi que je constatais que les caravaniers qui lorsque nous les avions aperçus au loin portaient leurs armes en travers des épaules, en arrivant à notre contact les tenaient désormais bien en main, prêts à s’en servir si nécessaire…  

Signalons au passage dans le cadre des tragédies aériennes survenues dans ce secteur, le crash d’un Breguet Atlantic de l’aéronavale en mai 1986 dans la région du Day, au lieu-dit « la fosse aux cyno », l’accident faisant 19 victimes…



5 – LE CENTRE.

 

L’un des particularismes physiques les plus marquants de Djibouti se situe toutefois dans la partie centrale du territoire comme le mentionne cette même monographie de l’époque…

« Cette zone centrale d’effondrement commence à l’Est par le golfe de Tadjourah, profond parfois de près de 1000 m. Ce caractère de fosse tectonique récente est accentuée vers l’Ouest par le Goubet-El-Kharab qui, déjà, affecte l’orientation Nord-ouest – Sud-est. Le reste du territoire jusqu’à la frontière est formé d’une alternance de fossés d’effondrement et de lignes de crêtes brodées de failles rectilignes. Fossés et lignes de crêtes ont tous rigoureusement cette orientation NO – SE. On rencontre ainsi successivement en allant vers l’Ouest : 

- le fossé Lac Assal – Lac Alol, riche en manifestations volcaniques (fumerolles et petits cratères) ;

-  une série de crêtes partant de l’Hemed (1100 m) au sud du Goubet-El-Kharab pour culminer dans le massif du Garbi

- un fossé d’effondrement qui forme la vallée de l’oued Kori, la plaine de sable de Gagade et la plaine de Daoudaya, 

- les deux massifs de Baba Alou (967 m) eu sud et de Yaguerre (1300 m) au Nord, séparés par la, passe de Yoboki, 

- le fossé le plus important, formé par la plaine du Hanle et la cuvette du lac Alli ; cette plaine qui s’abaisse en pente douce du sud vers le Nord-est est dominée à la frontière par une région de plateaux assez larges, les Dakka (600 m), et la table des Gamarre

la dépression du lac Abbe – plaine du Gobad : le lac Abbe, carré presque régulier de 25 km de côté est situé à 153 m d’altitude ; ses eaux sur salées et putrides sont bordées à l’Est de marais à la boue inconsistante auxquels succède la plaine du Gobad traversée par un oued presque verdoyant. »

 

Si je n’ai pas eu l’occasion de mener des activités d’instruction dans ce secteur, je m’y suis rendu toutefois à titre privé en véhicule tout terrain, à une époque où n’existait pas encore la route de l’unité reliant Djibouti à Obock et à Tadjourah. Il fallait alors emprunter une piste caillouteuse aux marches parfois impressionnantes… avant de déboucher sur le Goubet par une pente dénommée la « rampe de la 2 CV »… allusion à un véhicule de ce type qui y avait rendu l’âme quelques années auparavant en tentant de forcer le passage…

Je n’ai jamais vu le lac Allol qui est un lac asséché, mais j’ai en revanche eu le plaisir de découvrir le lac Abbe, « site apocalyptique aux alignements déchiquetés et aux aiguilles calcaires, d’où s’échappent de nombreuses fumerolles aux senteurs de souffre ». J’ai le souvenir de ces sources d’eau bouillonnantes directement surgies des entrailles de la terre où bien entendu quelques imprudents se crurent obligés de tremper la main pour s’assurer de visu que l’eau était bien chaude… Inutile de dire que le résultat cuisant fut à la hauteur de leurs espérances… et que leur week-end en brousse s’acheva de façon douloureuse… 

Ajoutons enfin que c’est aussi tout près de ce lac Abbe que périt égorgé, en janvier 1935, le jeune administrateur Bernard au cours d’un combat inégal au cours duquel, accompagné de ses gardes indigènes, il tentait d’intercepter un important rezzou venu d’Éthiopie.

S’agissant du lac Assal, ce dernier, situé à 153 m en dessous du niveau de la mer, se caractérise par la présence d’une grande banquise de sel où viennent depuis l’antiquité s’approvisionner ces caravanes qui acheminent le sel vers l’Éthiopie. Du fait de son aspect, c’est là dit-on, que furent tournées certaines séquences du film « La planète des singes ».

En ce qui concerne le mont Garbi, rappelons enfin que c’est là que se crasha en février 1982 un Nord Atlas avec à son bord, outre l’équipage, une section de légionnaires du REP et un certain nombre d’autres passagers accompagnateurs, l’accident faisant au total 36 victimes…

 

 

    Bien évidemment, dans un environnement aussi atypique que Djibouti tout le monde ne réagit pas de la même manière. Certains aiment, d’autres non…  Il est certain que le désert de sable blond tel que j’ai pu l’observer par la suite ailleurs comme par exemple du côté de Faya Largeau au Tchad est beaucoup plus attrayant que le désert de pierres noircies qui s’étendait autour de mon poste…  Venant de débarquer tout droit des mers du sud ainsi que je l’ai déjà dit, je ne peux pas dire que j’ai été séduit d’emblée que ce soit par le pays comme par ses habitants. Haroun Tazief, lui-même reconnaissait dans la préface du livre d’André Laudouze « Djibouti nation – carrefour » qu’il lui a fallu du temps pour parvenir à l’apprécier, le déclencheur de cette passion nouvelle étant la découverte de sa tectonique… Je crois que je pourrais en dire autant en ce qui me concerne…


(A suivre)...

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