Témoignage : commander une unité de combat dans une formation prépositionnée en Afrique (3)… Un style de commandement adapté.


Cette compagnie dont je prenais le commandement se composait globalement pour un tiers de cadres et d'engagés provenant de la 11ème Division parachutiste (DP) et de la 9ème Division d'Infanterie de Marine (DIMa) et pour deux tiers de volontaires service long outre-mer (VSLOM) ayant souscrit un engagement de 18 à 24 mois pour servir dans les DOM/TOM ou en Afrique. Quelques appelés locaux, soit franco-sénégalais, soit Français d’origine libanaise, étaient aussi incorporés pour effectuer leur service national.


Insigne de la 1ere compagnie de combat que je commandais



En ce qui concerne l'encadrement, exception faite de quelques rares camarades connus auparavant, dont mon officier adjoint qui venait lui aussi du 21eme RIMa et avec qui j’allais encore par la suite travailler car nous allions nous retrouver au CMIDOME puis au SMA, tous les visages étaient nouveaux pour moi. Si parmi les cadres beaucoup provenaient du 8eme RPIMa ou du 3eme RIMa, d’autres venaient aussi du 3eme RPIMa ou du 2eme RIMa...

Dans tous les cas de figure, c'étaient tous de fortes personnalités à commencer par les chefs de section... Pendant le round d’observation qui suivit mon arrivée à l’unité, très rapidement je constatais que le problème majeur à résoudre serait de donner une âme à cette unité, de la souder. Én effet, étant donné que ses cadres provenaient de régiments à forte identité et où chacun espérait revenir, une affectation de deux ans dans ma compagnie ne représentait pour eux qu'une brève parenthèse dans leur vie de marsouin... parenthèse où tout en faisant leur boulot normal ils ne comptaient pas, soyons clairs, s'investir plus que de rigueur... En outre, au plan familial, pour un certain nombre d'entre eux cette affectation correspondait aussi à une période sans opération extérieure leur permettant de profiter d'une vraie vie de famille et aussi pour certains de récupérer physiquement... Si chacun était bien entendu heureux de bénéficier d'un séjour agréable dans des conditions de vie et de rémunération fort appréciées, tout en faisant très correctement leur travail, force était de constater que la plupart ne se sentaient que de passage... Dans ce type d'unité où le personnel était renouvelé par moitié tous les deux ans le problème majeur, je le répète, était de développer une cohésion interne qui en temps "normal" dans les régiments professionnalisés se créait à l'occasion des interventions extérieures...

Pour comprendre l’ambiance générale qui prévalait dans cette compagnie, prenez des individus souvent avancés dans leur carrière et provenant d'unités et de subdivisions d'armes de culture différentes, mélangez les pour un temps que l'on sait d'emblée limité... vous parviendrez certes à les faire travailler et vivre ensemble mais il n'est pas certain que vous en fassiez tous des gens passionnés par ce que vous avez à leur offrir et à leur demander... Pendant leurs premiers mois d’affectation et indépendamment de l’intérêt porté au pays dans lequel ils viennent d’arriver, leurs pensées resteront tournées vers leur ancien régiment et vers leurs camarades restés en métropole… puis au fur et à mesure qu'approchera l'échéance du retour en France, leur intérêt glissera progressivement de l'unité que vous commandez vers celle où ils espèrent retourner et dont ils se disent communément les "fils".... Quand on sait que cette attente est motivée par le fait qu'ils y ont parfois leur résidence, un travail pour l'épouse, un réseau relationnel... on ne peut que les comprendre mais c'est quand même frustrant pour un chef de sentir que ses hommes lui échappent... 

La première manifestation du fait que beaucoup vivaient leur affectation du moment comme une parenthèse limitée dans le temps était perceptible par exemple au niveau des tee-shirts parfois arborés... La première mesure à prendre fut donc de bannir en service les tee-shirts des unités de provenance en prévenant que je m'emploierais à faire tout mon possible pour empêcher un retour des intéressés dans ces unités s'ils persistaient à ne pas tourner la page et à refuser de s'intégrer. Peu à peu les choses rentrèrent dans l'ordre au fur et à mesure que le séjour avançait mais même si les talons claquèrent, je ne suis pas pour autant bien certain que les esprits aient suivi... C'est d'ailleurs là un problème auquel je fus confronté à nouveau bien des années plus tard en tant que chef de corps mais j'étais alors mieux armé pour y faire face...

 

S'agissant de nos jeunes marsouins, la différence était importante par rapport aux engagés que j’avais fréquentés quelques semaines auparavant… Logés dans des bâtiments vieillissants qui ne faisaient pas de ce séjour une villégiature et pris dans un emploi du temps chargé et répétitif, le quotidien du Sénégal se révélait pour nombre d’entre eux souvent décevant... La vie à Dakar était chère, l'emploi du temps marqué par l'importance des services ou par des activités de garde à proximité de l'aéroport, les loisirs limités. Contrairement aux attentes, les possibilités de baignade étaient sommes toutes réduites compte tenu de la pollution des eaux sur place et de la dangerosité des immenses plages popularisées par l'arrivée du rallye Paris - Dakar en raison de la présence de la barre... Beaucoup d'entre eux étaient donc amers car les attentes nées lors de leur formation initiale de VSLOM à Fréjus ou à Perpignan ne se concrétisaient pas... La jeunesse de caractère de ces garçons, l'éloignement familial et parfois les soucis laissés en France faisaient que ce n'était pas réellement là une population stable... Quelques-uns parmi les plus désappointés se tournaient donc pour oublier leur quotidien vers l'abus de marijuana et de cannabis, substances aisées à se procurer à la sortie du camp. S’agissant de la marijuana on avait beau expliquer que son usage en était prohibé, que les revendeurs, souvent des « taxi-men » étaient en cheville avec des policiers locaux pour racketter les éventuels acheteurs… rien n’y faisait… et en dépit des sanctions disciplinaires, le ''pakalolo'' continuait à circuler. 

Dans ma compagnie, en ce qui concerne les utilisateurs de stupéfiants, l’affaire se termina mal pour l’un d’entre eux car après des mélanges explosifs faits un soir avec de l’alcool, il finit à la morgue de Dakar, son compagnon de beuverie ne s’en sortant que par miracle au terme d’un solide lavage d’estomac… La famille du défunt ayant souhaité quelques mois plus tard voir les conditions de vie de leur fils avant son décès, je dus alors affronter les reproches de la mère qui avait du mal à comprendre qu’en dépit de nos mises en garde et de nos sanctions nous n’avions hors service qu’une influence limitée sur le comportement de leur progéniture… Dans sa détresse cette femme alla même jusqu’à me reprocher indirectement l’attitude des Sénégalais qui la harcelaient pour des achats dès qu’elle mettait les pieds dans la rue…  C’est dire son désarroi…

 

Parmi les déçus du séjour, certains se mirent en absence irrégulière, d'autres essayèrent même de déserter... Ainsi, après une absence de plusieurs jours, un de mes marsouins fut interpellé par la police sénégalaise dans la région de Saint Louis du Sénégal, tout près de la frontière mauritanienne, alors qu'il essayait de regagner la France par la route ou plutôt par la piste. L’intéressé, vendu par un passeur local, avait  négligé le fait qu'entre le Sénégal et la France il y avait la Mauritanie, le Maroc, le détroit de Gibraltar, l'Espagne... et accessoirement la présence des Sahraouis quelque part dans les sables... Un autre disparut pendant plusieurs jours et sans quitter le camp de Bel Air partit se cacher dans les rochers près de la digue, n’en sortant que la nuit pour rapiner de la nourriture… alors qu’on pensait qu’il se trouvait en ville…

Dans le domaine des comportements inadaptés, la palme revint toutefois à un marsouin qui finit par commettre à mon encontre un acte que je qualifierais de désespéré pour essayer de faire rompre son contrat… Ainsi, un lundi matin, lors des couleurs du bataillon qui étaient suivies une fois par mois d'un exercice de défilé en armes, en attendant que mon tour vienne de mettre en place mon unité, je remarquais en passant dans les rangs un marsouin non rasé, qui venait d'être sanctionné peu de temps auparavant pour absence irrégulière. Ayant appelé son chef de section afin qu''il constate l'état négligé de son marsouin, au moment précis où je me retournais vers lui, ce garçon décrochant son Famas équipé d'une baïonnette tenta de m’en donner un coup au niveau de la poitrine. Ayant détourné la lame du plat de la main dans un geste réflexe, celle-ci finit par toucher légèrement à la cuisse le chef de section qui arrivait… Aussitôt maîtrisé par ses camarades, le jeune VSLOM fut incarcéré puis après des tests qui ne conclurent pas à la démence, renvoyé sur la France pour y être jugé… 

La seule motivation invoquée pour justifier cette « rébellion avec arme » qui allait lui valoir une peine  d'emprisonnement significative fut qu’il voulait faire avancer les choses… car aucune de ses demandes répétées pour rompre son contrat n’avait été agréée… chose que l’on comprend car le bataillon n’était pas une annexe du Club Med que l’on décidait de quitter quand on en avait marre… En l’absence de raison impérieuse, notamment d’ordre familial ou sanitaire, il était exclu de céder à ce type de demande car à ce jeu-là nos effectifs auraient fondu comme neige au soleil… Avec le recul je me dis cependant que j’aurais sans doute dû être plus perspicace et me douter que la fragilité de certains garçons nous exposait à des gestes parfois désespérés pouvant conduire à des drames… C’est en tous cas une leçon que je retins et que par la suite je fis passer à mes subordonnés… L’ayant recroisé quelques mois plus tard entouré de gendarmes lors d’une audition chez le juge d’instruction du TPFA de Reuilly Diderot, ce garçon se mit spontanément au garde à vous en me voyant ce qui me fit de la peine car on aurait sans doute pu éviter cette connerie… en ne le retenant pas lors de son incorporation au 4ème RIMa.

 

Un élément qu'il ne faut pas négliger dans l'approche de ces jeunes résidait aussi dans le style de commandement à adopter vis à vis d'eux, donnée que je n'ai pas intégré d'emblée mais dont j'ai mieux perçu l'importance un peu plus tard alors même qu'affecté au Centre des relations humaines de l'EMAT, j'eus à conduire une étude sur cette population afin de déterminer s'il n'y avait pas là un vivier pour la professionnalisation à venir de l'Armée de terre... Du fait de leur statut ce n'étaient pas réellement des engagés... donnée que certains cadres un peu rustiques avaient tendance à oublier un peu facilement et qu'il me fallait contrôler... Un de mes chefs de section, un sous-officier bien connu au 8eme RPIMa qui portait un nom de peintre de la Renaissance... et que j'ai beaucoup apprécié car il avait un cœur énorme et était d'une rare compétence, était pourtant affligé d'une grande gueule qui le desservait un peu... Ayant une légère tendance (!) à rudoyer verbalement ses marsouins en les traitant à tout bout de champ de "babouins"... ce qui me "gonflait"... c'était pourtant un type formidable... J'ai mis longtemps à accrocher avec lui et il a fallu que je perce un jour l'abcès pour que je comprenne mieux sa personnalité... et pour accrocher enfin avec lui… S'il me lit ou si certains l'ont reconnu, qu'il sache que je l'estime beaucoup... Pour commander ce type d'homme il n'y a que le langage du cœur qui passe aussi ne faut-il pas hésiter pour se les concilier à leur apporter une aide dans des domaines qu'ils ne maîtrisent pas toujours comme par exemple l'instruction d'une fastidieuse procédure administrative d'adoption...

Outre les VSLOM, il y avait aussi dans la compagnie quelques appelés locaux franco-libanais ou franco-sénégalais qui avaient été incorporés pour accomplir leur durée légale de service national. En ce qui concerne les franco-libanais, ils nous étaient très utiles grâce à leur réseau relationnel et à leurs bonnes adresses. C'étaient vraiment les rois de la "démerde"...

S'agissant des franco-sénégalais, c'étaient généralement des garçons venant d'un milieu très modeste et ne posant aucun problème de discipline. L'un d'entre-eux qui travaillait comme "apprenti", c'est à dire comme aide d'un conducteur de mini bus, m'avait demandé à passer le permis de conduire de façon à trouver un boulot de conducteur mieux rémunéré... Le demande fut malheureusement rejetée par le BRH du bataillon car l'intéressé ne remplissait pas, parait-il, les conditions... et je ne pus donner suite à ses attentes, ce que je me reproche encore aujourd'hui. Mon tort fut en effet de ne pas taper sur la table du chef du BRH car si cette demande avait été agréée, nous aurions sorti un garçon sans histoire de la misère... Tout ceci est bien regrettable et plus de 30 ans après je me le reproche encore...

 

Au sujet des conneries, le moins qu'on puisse dire c'est que les VSLOM n’en n'avaient pas le monopole au bataillon… car certains EVAT leur livraient aussi dans ce domaine une concurrence effrénée…

Ainsi par exemple, l’un de mes caporaux chefs infirmiers, viré un soir avec pertes et fracas d’un bar de nuit de Dakar, ne trouva rien de mieux à faire que d’y revenir une heure après... mais équipé cette fois ci d’une hache pour défoncer la porte du bouge et d’un bidon d’essence pour y mettre le feu à titre de représailles… Histoire de gagner du temps, il avait aussi emprunté pour ce faire une méhari du camp… Fort heureusement comme je le fis remarquer à l’OSA, il y avait pour moi un point positif dans cette affaire, c’est que la Méhari en question n’était pas celle de la compagnie… Je n’eus toutefois pas le sentiment qu’il apprécia ma boutade car lui aussi selon ses dires, prenait un peu trop souvent à son gout par la faute des commandants d’unité le « parachute ascensionnel » … 

Un autre de mes caporaux EVAT d’origine wallisienne et alcoolique chronique, invité au mess par un sergent, s’enivra et se retrouvant enfermé pour plaisanter par ses camarades dans les toilettes du mess, sans doute un peu claustrophobe, paniqua et se jeta par la fenêtre du premier étage pour s’échapper… Atterrissant quelques mètres plus bas sur un appentis où était installé le groupe électrogène du mess, il traversa dans sa chute le toit en fibrociment sans s’empaler miraculeusement  sur les piquets de la grille métallique entourant le groupe et après s’en être extirpé en rampant au milieu des débris, partit sanguinolent se coucher comme si de rien n’était… Le lendemain après avoir décuvé, il avait bien entendu tout oublié…

Mon unité n’était fort heureusement pas la seule à défrayer la chronique… Ainsi à l’escadron, à la fin d’un pot, deux caporaux-chefs plus que légèrement éméchés basculèrent en chahutant par-dessus la rambarde du premier étage, finissant comme des crêpes sur le bitume… avant d’être évacués en ambulance vers l’infirmerie de garnison… 

Quant à la CCS, elle se fit aussi remarquer entre autres dès les premières heures de commandement du nouveau chef de corps par un scandale lié à une tentative d’organisation sur la corniche par certains de ses membres, d'une activité relevant du plus vieux métier du monde … scandale qui revint au chef de corps par le biais des autorités judiciaires sénégalaises… chose qu’il apprécia grandement on s’en doute… Sans doute le coût de la vie locale avait-il donné l’envie à certains et certaines d’arrondir leurs fin de mois…

 

Inutile de dire dans ces conditions que certains grands rapports étaient particulièrement saignants et je ne peux que comprendre la colère du chef de corps certains matins, même si nous trouvions parfois que ses coups de sang auraient dû être un peu mieux ciblés… Lors de ces grands rapports, étant placé juste à sa droite à la table de réunion, j’avais en effet droit systématiquement aux premiers coups de réglage de la salve qui allait s’abattre sur les commandants d’unité, que ma compagnie soit ou pas à la source d’un des événements de la semaine… A la force cela devenait un peu usant et pour moi une source d’acouphènes… Mes camarades par contre s’en sortant beaucoup mieux du fait de leur éloignement géographique… et de la loi de la dispersion naturelle des coups…

 

Parmi les nombreuses tornades que nous eûmes à affronter, j’ai en particulier conservé le souvenir de celle survenue dans la première semaine de commandement de mon second chef de corps… A l’issue des tous premiers jours, le chef de corps décida de nous réunir pour nous donner ses premières directives au vu de ce qu’il avait constaté… Bien qu’étant parti en stage nautique avec mon unité dès le lendemain de la passation de commandement, je dus revenir sur Dakar avec mon président des sous-officiers pour écouter la bonne parole… A mon arrivée, hilare, je découvris la tête de mes camarades commandants d’unité qui venaient de se faire étriller et qui faisaient grise mine… Le capitaine de la CCS venait en effet d’être confronté au problème que j’ai évoqué à propos des activités nocturnes de certains de ses hommes sur la corniche et celui de l’escadron avait découvert que le premier piquet d’honneur présenté par son unité au nouveau patron avait, à sa grande surprise et en dépit des efforts déployés, été jugé digne de l’armée Bourbaki… Étant donné que mon unité avait quitté le camp juste à l’issue de la cérémonie de prise de commandement, je pensais donc naïvement avoir été épargné par la bourrasque… enfin jusqu’au moment où à l’issue de son discours aux cadres, le chef me demanda de venir le voir dans son bureau car il avait « quelque chose » à me dire… Lors d’une entrevue un brin orageuse j’appris qu’un de mes conducteurs, un EVAT wallisien, revenant de livrer du matériel au camp nautique et séparé par la circulation routière du reste du convoi n’avait rien trouvé de mieux à faire pour recoller à ses camarades que de dépasser pied au plancher la file de voitures civiles qui l’en séparaient … voitures parmi lesquelles il y avait du fait de la Loi bien connue de l’emmerdement maximum (L.E.M.) …. celle du COMTERRE qui s’en revenait lui en ce dimanche soir de la plage de la Saumone… Cerise sur le gâteau, précisons en outre que ce « camion fou », pour reprendre l’expression du Comterre lui-même qui se fit un plaisir d’appeler dans la foulée le nouveau chef de corps pour lui relater les faits, avait toutes ses bâches qui s’étant détachées volaient au vent de la vitesse… En somme un spectacle digne de Mad Max… Inutile de préciser que si j’étais rentré en souriant dans le bureau, je n’avais plus du tout envie de rire en en sortant… et là pour le coup, c’étaient mes copains qui étaient pliés… car comme le dit l’un d’entre eux, une avoinée bien partagée ne faisait de mal à personne… Sans que nous nous en rendions compte, les trois capitaines avions donc épuisé en moins de 48 heures notre droit à l’erreur…  Moralité, grâce à ces petits incidents, en un week end la prise en main des capitaines par le nouveau chef de corps… mais aussi celle du nouveau chef de corps par le Comterre était achevée… une façon comme une autre de gagner du temps si on veut...

Histoire de nous remonter le moral, le commandant en second, un officier d’origine guinéenne remarquable de sagesse pour qui j’ai toujours eu le plus grand respect mais qui pour des raisons politiques vit malheureusement son séjour injustement écourté à la demande des autorités sénégalaises…, nous prit alors à part pour boire un coup… Ainsi qu’il nous le dit, si nous ne voulions pas nous gâcher le séjour il y avait intérêt à se ressaisir… Nous ne demandions qu’à le croire…

 

Malgré nos efforts, au cours des mois suivants nous sentîmes tous à tour de rôle passer le vent du boulet de très près… En ce qui me concerne ce fut pour une histoire de fusibles de VLRA, fourniture en rupture d’approvisionnement à cette époque… Jamais à court d’idées les marsouins du bataillon avaient résolu le problème des fusibles qui grillaient régulièrement avec du papier aluminium, solution qui si elle dépannait mettait toutefois en danger le circuit électrique du véhicule… La rumeur ayant circulé que des marsouins d’une autre unité s’étaient fait remonter les bretelles par le chef de corps sur ce sujet, les miens avaient donc compris que cette option était devenue tabou... Vint le jour où le chef de corps passant en revue mon piquet de garde se trouva face à un conducteur de VLRA… 

Question du chef de corps : « Et toi, quand tu as un problème de fusible grillé, est ce que comme tes camarades tu mets du papier chocolat…  ? »

Réponse du marsouin : « Ah non mon colonel, le capitaine a dit que c’est interdit… Moi je mets des trombones pour faire contact… »

Là encore, inutile de détailler le regard du chef se tournant vers moi… Il y a des moments où on aimerait disparaître sous terre… preuve comme chacun sait que l’enfer est pavé de bonnes intentions…

La conclusion du patron fut : « Un nouveau cas de trombone ou de papier alu dans une unité c’est le conducteur qui prend… deux c’est le chef de section… trois c’est le capitaine… Compris ?»

Message reçu cinq sur cinq !!!

La rupture de stock de fusibles ayant pris fin comme par miracle quelques jours plus tard, au niveau des commandants d’unité nous en conclûmes que ce débat kafkaïen dans lequel nous étions plongés, à savoir marcher à pied ou rouler et émarger, s’était réglé à l’occasion d’un « tête à tête » particulier entre le chef de corps et le chef des Services techniques… Là encore, une fois de plus certaines "choses" bien partagées ne font de mal à personne… la preuve…

 

On le voit, la vie d’un commandant d’unité outre-mer était parfois loin d’être un fleuve tranquille…



(A suivre)...

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