Témoignage : Chef de Bureau opérations dans un régiment des forces de souveraineté en Guyane française (7)… A la découverte de l’Approuague.


        Toujours dans le cadre de ses premières tournées, le Préfet Vignon entreprit en janvier-février 1948 en compagnie d’un élu local et ami, M. Gougis, d’aller découvrir le centre du territoire de l’Inini, en remontant dans un premier temps le fleuve Approuague puis en poursuivant à pied son périple jusqu’à Saül, bourgade totalement enclavée dans le centre du département, avant de revenir vers la côte en redescendant le fleuve Maroni.




Si l’on peut aujourd’hui en empruntant la « route de l’Est » rejoindre la région de Regina où le 3ème REI a implanté son Centre d’entraînement en forêt (CEFE), cette localité n’était à cette époque accessible qu’en remontant le fleuve Approuague au terme d’une petite navigation côtière conduisant à l’embouchure du fleuve marquée par deux ilots bien connus car repère d’oiseaux, le Petit et le Grand Connétable. Ceux qui dans le cadre de leurs loisirs vont faire du bateau sur cette rivière Approuague peuvent encore tout comme en 1948 y apercevoir les traces des plantations ouvertes le long de la rivière mais qui disparurent au milieu du XIXème siècle du fait de la suppression de l’esclavage (1848). Après Guizambourg et Régina, le Préfet Vignon visita la région de Kaw où il est possible à l’heure actuelle de faire des excursions touristiques. 




Je ne sais pas si les impressions que retirent de cette sortie à Kaw, que je n’ai hélas pas réalisée, ceux qui la font, mais à l’époque ce n’était pas une mince affaire :

« Notre départ a été calculé de telle façon que le perdant nous amène jusqu’à l’embouchure du canal de Kaw et que le montant, gonflant les eaux du canal, facilite notre navigation.. le canal, me dit-on, est en effet en très mauvais état n’ayant fait l’objet d’aucun entretien depuis longtemps.

Le voyage nocturne est magnifique. Un ciel rempli d’étoiles, toutes les constellations comme dessinées sur un tableau noir. La Voie lactée prend une densité inouïe. La croix du Sud est visible.

L’hélice du moteur hors-bord soulève des gerbes d’eau phosphorescentes. Un long sillage scintillant suit la course de la pirogue. La main plongée dans l’eau tiède, plus chaude que l’atmosphère, provoque le même phénomène.

Nous atteignons le confluent du canal, et très vite, la navigation devient difficile. Nous devons attendre, pour continuer, le lever du jour. Le soleil bascule d’un seul coup au-dessus de l’horizon et nous réchauffe.

Notre progression reprend lentement. Il n’y a pas encore assez d’eau pour le moteur, qui serait paralysé par les masses d’herbes qui obstruent le canal dont le tracé disparaît bien souvent. Les canotiers, c’est à dire les conseillers municipaux, utilisent des pagaies et surtout des takaris, longues perches, légères et résistantes, sur lesquelles ils s’appuient pour pousser le canot.

Par endroits, celui-ci quitte le canal et nous circulons entre des touffes de grosses plantes à feuilles lancéolées, le Moucou-Moucou. Très souvent, c’est en s’accrochant à ces plantes que les canotiers tirent la pirogue en avant. Dans ce feuillage vivent de beaux oiseaux dorés à longue queue et à l’orgueilleuse crête. Ils se posent sur les branches avec beaucoup de majesté, mettant leurs ailes à la verticale et les repliant très lentement. Ce sont les Sa-Sa. Je n’en n’ai vu que sur l’Approuague, où ils bénéficient d’un tabou : personne ne les tue ou ne les chasse.

Très souvent, à la fourche des Moucou-Moucou sont enroulés des serpents de toutes tailles. Ce sont les couleuvres d’eau, dont personne ne s’occupe.

La traversée de ce vaste marécage dure plusieurs heures. Nous débouchons enfin sur la rivière de Kaw. Ce marécage est traversé par une rivière au cours très net, bien qu’elle s’écoule entre deux rives d’eau. Le courant est vif, l’eau claire.

Sur une île de sable, simple langue de terre, est blottie Kaw. Rarement visités, les habitants sont cordiaux, accueillants. Leur principal souci est de garder leurs visiteurs le plus longtemps possible. Passer la nuit avec eux est le plus grand plaisir que l’on puisse leur faire. Redoutable sacrifice d’ailleurs, car les moustiques, à l’heure de la volée et toute la nuit, sont effroyablement nombreux, agressifs et voraces.

Pour l’heure, les habitants s’occupent à dépecer un crocodile. C’est une autre spécialité de la région. Dans toute la Guyane et à Kaw aussi, existent des caïmans, dont la taille atteint rarement un mètre cinquante à deux mètres maximum. Mais à Kaw, il y a de véritables crocodiles, des monstres qui peuvent dépasser quatre mètres. »

 





Après Régina qui tout comme Mana plus à l'ouest était une des portes d’entrée naturelle vers les zones d’orpaillage à l’époque de la fièvre de l’or, le Préfet Vignon nous relate la poursuite de son voyage dans l’intérieur de l’Inini. La descente ou la remontée des cours d’eau étant encore aujourd’hui l’une des façons les plus pratiques de se déplacer pour atteindre des endroits dépourvus d’aérodrome et surtout où il est essentiel de montrer la présence de l’État, l’usage des pirogues devient indispensable.

Un transit fluvial de plusieurs heures laissant le temps d’admirer le paysage je ne peux que partager cette description d’une navigation sur l’Approuague laissée par le Préfet Vignon et qui est encore d’actualité :

« Le paysage des fleuves guyanais est assez monotone. Un rideau de verdure arrête vite la vue, quelques arbres gigantesques, les fromagers, dominent de temps à autres l’alignement de la forêt. Le bruit des moteurs hors-bord fait fuir les animaux qu’il est très rare d’apercevoir sur les rives. De superbes martin-pêcheurs, de toutes tailles, précèdent la pirogue que des aigrettes blanches et noires regardent passer de leur perchoir.

Les biefs calmes se succèdent, coupés par des rapides, les sauts. Le courant est plus ou moins violent, l’eau plus ou moins claire selon la saison. En période de pluies, le courant est rapide et l’eau chargée d’alluvions. En pleine période sèche, au contraire, une eau presque limpide coule beaucoup plus lentement entre des rives qui s’escarpent, d’immenses bancs de sable apparaissent et se révèlent au milieu du fleuve. »

 

Lors de la remontée de l’Approuague on finit par aboutir en amont de Regina à un obstacle de taille qui est le saut Grand Machicou, pendant du saut Hermina sur le Maroni ou du saut Cafesoca sur l’Oyapock, sauts qui marquent à une centaine de kilomètres de la côte Atlantique, la première véritable rupture de terrain entre la zone côtière et les contreforts de la « chaîne septentrionale ». 

Le récit que nous a livré le Préfet Vignon permet de se faire une idée de la dangerosité du saut Grand Machicou, qui s’il permet de rompre la monotonie du transit fluvial, constitue une séquence dangereuse ou tout au moins acrobatique du voyage à ne pas prendre à la légère :

« Nous voilà donc dans la pirogue. Le canotier, placé en avant, en équilibre sur une étroite planche, guide son embarcation avec un long takari. Le courant, rapide, nous entraîne à une vitesse toujours plus grande vers la « mamandio », le passage du rapide à cette époque précise. 

Nous entendons le grondement du saut qui lui aussi va en s’amplifiant. 

Gougis me hurle un sage conseil : Et maintenant, recommandez votre âme à la Sainte Vierge et tenez-vous bien !

Une seconde après, une énorme vague heurte le canotier, agenouillé et cramponné à l’avant comme une figure de proue. Elle recouvre le canot, nous trempe jusqu’aux os. Elle est passée. Le canot a embarqué un peu d’eau, mais il continue sa course rapide, guidé à travers les tourbillons par son pilote, de nouveau debout sur la petite planche. Avec une dextérité et une précision incroyables, il écarte la pirogue des rochers en prenant appui sur son takari qui tourbillonne parfois au-dessus de sa tête, comme la canne d’un major de fanfare. Il pousse de grands cris pour s’encourager ou se féliciter. Les autres canotiers en font autant de la rive où ils assistent au passage.

Arrivé dans une zone plus calme, agitée de la seule écume du saut, le canotier se retourne vers nous en arborant un magnifique sourire. G. se lève, frotte les pieds par terre, bat des mains en répétant « Tangy, tanguy »… » la seule façon correcte d’exprimer un remerciement en taki-taki.

Je demande au canotier comment il appelle ce saut. Son sourire se fige. Ma question, explique G., est inconvenante. Il ne faut jamais prononcer le nom du saut dans lequel on se trouve. Le génie du saut risque d’en être importuné et de se venger. Pour la même raison, il serait très mal vu de tirer sur les hérons, qui très souvent, guettent leur proie en bas du saut et sont considérés comme les symboles de ce génie. »

 

Si ce récit relate le transit d’une pirogue chargée, en raison de la dangerosité des rapides il est souvent plus prudent après avoir fait débarquer les passagers et le matériel, de faire transporter les bagages par la rive en amont du saut histoire de ne pas prendre de risques inutiles…

S’agissant de cette croyance qui veut qu’on ne prononce pas le nom du saut, elle me rappelle son pendant en Asie et dans le monde arabo-musulman où pour ne pas attirer le mauvais œil sur par exemple un nouveau-né, sur un animal, sur une récolte… il est d’usage de ne pas citer son nom ou de parler par allusions, voire en utilisant des mots détournés.

Rajoutons dans ce registre des us et coutumes l'habitude prise par les piroguiers Noirs-Marrons du Maroni de se livrer avant d'entreprendre une navigation à un petit cérémonial destiné à se ménager les esprits des fleuve en y versant du rhum et en prononçant quelques incantations... résurgences animistes directement venues de l'Afrique de leurs ancêtres...

La seule chose qu’aurait pu rajouter le Préfet à propos de cette remontée de l’Approuague, c’est l’importance de se prémunir pendant la navigation fluviale d’un petit coussin pour supporter les longues heures assis sur un banc de bois rugueux, avec comme pour la culture du riz, la tête au soleil et les pieds dans l’eau… parfois un peu mazoutée… Une chose est certaine, quand on arrive à la halte on est content de se dégourdir les jambes… et de soulager un fessier un brin endolori.

 

Lors des missions sur le fleuve, qui peuvent durer plusieurs jours, tout comme autrefois, on bivouaque chaque soir pour des raisons de commodité à proximité du cours d’eau. Là encore, rien ne semble avoir beaucoup changé depuis l’époque du Préfet Vignon qui nous raconte ainsi le déroulement à son époque d’une journée de navigation sur l’Approuague :

« Le lendemain, dès le lever du jour, les canots sont chargés. La veille, ils ont été halés, poussés, tirés avec force dans le chenal. Les bagages ont été amenés en amont par le rivage.

Et la promenade reprend. Elle durera quinze jours au même rythme. Départ au point du jour, courte halte-déjeuner à midi sans descendre du canot, simplement accosté à une roche ou à un tronc d’arbre propice. Vers seize heures, les canotiers choisissent une rive assez surélevée pour être à l’abri d’une montée brutale des eaux. Ils dégagent à grands coups de sabre d’abattis un emplacement, en veillant bien à ce qu’aucun arbre du voisinage ne donne trop de signe de vieillesse ou de décrépitude. Des campements ont parfois été écrasés par la chute de tels arbres.

Très vite, la carcasse d’un carbet se dessine. Les canotiers partent chercher des feuilles d’un certain palmier, le Ouaye, qui sert de couverture..

Plus tard, à l’imitation de l’Institut géographique National, je me munirai de bâches légères en vinyl. Elles diminueront considérablement le temps de confection du carbet, allongeant d’autant celui de navigation. »


Pour ceux qui imaginent que le temps passe vite en pirogue, même si ce type de déplacement est infiniment moins fatiguant qu’une progression en forêt primaire, ce n’est pas pour autant une croisière de luxe :

« La vitesse du canot donne sous le soleil une dangereuse impression de confort et d’euphorie. Sous la pluie, un froid aigu vous transperce les os. Il faut surtout éviter de garder des vêtements mouillés sur soi. Aussi, dès les premières gouttes, tout le monde est en slip. Les vêtements, toujours sommaires, un short et une bonne chemise à manches pour se préserver du soleil, sont soigneusement mis à l’abri. »

Hormis le détail concernant le caractère fantaisiste de la tenue vestimentaire, cette description correspond parfaitement à la réalité… surtout le « rafraîchissement » brutal que l’on subit lorsqu’un orage éclate…

 

Lors des remontées de criques étroites il est fréquent qu’il faille ouvrir le chenal à l’explosif ou à la tronçonneuse en raison des arbres tombés qui obstruent le passage… Pour effectuer ces ouvertures, les hommes doivent alors parfois s’immerger pour travailler, ce qui ne constitue pas une partie de plaisir… Une fois atteinte la destination voulue, ou le point à partir duquel la densité de végétation ne permet plus aux embarcations de naviguer, la mise à terre est effectuée et la progression à pied peut alors débuter…


Voici comment le Préfet Vignon nous raconte par exemple comment, après la phase de navigation, il entama la poursuite de sa tournée en direction de Saül à partir du carbet Maïs, point le plus extrême de sa progression en pirogue sur la crique Calebasse, affluent secondaire de l’Approuague,:

« Les bagages sont déchargés. Les canotiers se transforment en porteurs et se confectionnent des Katouris-dos, sorte de hotte rapidement tressée. Ils y chargeront leur colis, d’un poids moyen de cinquante kilos, fret destiné aux commerçants de Saul. Nous porterons nos bagages, d’ailleurs fort réduits, un hamac et une rechange.

Dès le lever du soleil, la caravane s’ébranle et je fais connaissance avec la véritable forêt primaire. Un simple tracé qui ne permet pas de marcher à deux de front serpente à travers la forêt. Certes le sous-bois n’est pas impénétrable, mais le feuillage des arbres tendus à quarante mètres au-dessus de la terre arrête la lumière du soleil. La végétation au sol, est donc des plus clairsemée. Quelques palmiers, quelques lianes pendent des arbres, au sol de rares buissons. »

Je profite tout de suite des conseils de Goujis : il ne faut jamais marcher le troisième. A cause des serpents. Le premier réveille le serpent qui dort, le second l’agace, le troisième est mordu. /…/.

C’est une succession de collines arrondies coupées de vallées marécageuses. Je comprends pourquoi Goujis m’a recommandé le short et les chaussures de tennis. C’est l’idéal pour traverser les marécages qui, par bonheur, ne sont pas encore très profonds.

Très vite je remplacerai les tennis par les chaussures de basket-ball. Le coup de pied et les chevilles seront ainsi mieux protégées des lianes épineuses qui trainent perfidement sur le sol.

La forêt est très bruyante. Sur le fleuve, nous n’avons entendu que le puissant ronronnement des moteurs  hors-bord qui ne sont pas encore munis de silencieux. Ce bruit assourdissant n’est couvert que par le fracas des rapides.

En forêt, au contraire, mille cris d’oiseaux vous frappent. Des cris, pas de chants. Très vite, on identifie les principaux : le « mo voi yu » je vous vois, cri cent fois répété, qui vous accompagne comme lancé par d’invisibles guetteurs. Les « zozos mon Pè », oiseaux mon père, vivent en bandes nombreuses et lancent, lorsqu’ils sont dérangés, des rafales de cris qui évoquent de très lointains chants grégoriens. Ce sont d’assez gros oiseaux, de la taille d’une poule, dont le crâne, absolument lisse, est entouré d’une couronne de plumes, le tout ressemblant parfaitement à une tête tonsurée.

Le cri des énormes aras, jaune et bleu ou rouge et bleu, retentit lugubrement. Des vols de gros perroquets verts ou de perruches multicolores se signalent par d’innombrables pépiements. Tous ces oiseaux s’entendent, mais il est très rare de les apercevoir, protégés qu’ils sont par le feuillage lointain mais dense qui nous écrase. 

Tout le monde se regroupe au sommet d’une colline appelée la Douane, parce que tous les porteurs, même les plus forts, doivent s’arrêter là, pour reprendre leur souffle. Il est près de dix-sept heures quand nous arrivons, trempés de sueur, en vue de Saül. Il est d’usage, en brousse, d’annoncer son arrivée en tirant quelques coups de fusil. »


(A suivre)...

Témoignage : Chef de Bureau opérations dans un régiment des forces de souveraineté en Guyane française (8)… A la découverte de Saül et du centre du département.


La tournée du Préfet Vignon ayant atteint le village de Saül, il est temps de parler un peu de cette bourgade atypique située juste entre les deux bassins de l’Oyapock et du Maroni, appelée autrefois la capitale de l’or, et devenue aujourd’hui un paradis pour les amateurs de tourisme vert, où nous n’y entretenons à ma connaissance aucun élément permanent. 





Ce village est situé au centre de la Guyane, sur la ligne de séparation des eaux,  ce qui créait alors certains problèmes aux dires du Préfet Vignon :

« Ce qui nous frappe tout d’abord, c’est l’absence d’eau, phénomène exceptionnel dans cette Guyane au réseau hydrographique si complet et si complexe. Nous sommes amenés, pour nous laver, à une source très parcimonieuse, alimentant trois bassins successifs. Dans le premier on lave son corps, son linge dans le second et enfin la vaisselle dans le troisième.

Le coup d’œil sur la carte montre bien que Saül est en plein massif central de la Guyane. Tous les cours d’eau ou tout au moins la plupart partent de là. Mais aucun n’y coule.

Le village est fort bien tenu. Rues propres, fossés bien nettoyés, chacun entretient magnifiquement son petit secteur. Les carbets sont solides, tous construits sur pilotis, souvent ornés d’un balcon. Les cloisons sont en gaulettes, bois tressé permettant une agréable ventilation.

Les commerçants sont bien achalandés. Tout le monde nous accueille avec dignité et amitié. Gougis me fait remarquer la richesse et l’abondance des jardins, regorgeant de fruits et de légumes. Cela vient renforcer sa conviction que l’avenir de la Guyane est à l’intérieur et non sur la côte. En outre ici, pas un seul moustique. »







La mise en valeur de cette petite communauté avait été rendue possible grâce à l’investissement de personnes passionnées et particulièrement dévoués, comme notamment le Révérent père Didier, un prêtre originaire des Vosges et animé de « la foi des bâtisseurs des cathédrales » aux dires du Préfet Vignon. Ce prêtre avait réussi l’exploit sans le concours des représentants de l’État à imposer à la loi du plus fort qui prévalait dans ce village de chercheurs d’or, un fonctionnement et des mœurs un brin plus civilisés… 



A mon grand regret je n’ai eu qu’une seule fois l’occasion de me rendre à Saül dans le cadre d’une liaison en Puma et je n’ai pu admirer la « cathédrale » que de loin, cette église à deux clochers bâtie par le R.P. Didier. Reliée à la côte dans les années 50 par une piste ouverte par le Bureau minier guyanais à des fins d’exploration aurifère dans la région de Dorlin, celle-ci avait été progressivement fermée par la nature. La baisse progressive du cours de l’or n’incitant pas les orpailleurs à venir prospecter, il s’ensuivit année après année une diminution de la consommation de produits acheminés par la piste pour répondre à leurs besoins parallèlement à une augmentation des prix des denrées… et donc par voie de conséquence une baisse de la fréquentation de l’axe de ravitaillement… Le cycle de rétractation étant lancé, la nature se chargea donc de faire le reste et de refermer progressivement cette saignée « incongrue » dans la forêt… 

Ponctuellement réouverte au bull en 2018 avec l’espoir que les 150 habitants de cette bourgade totalement enclavée pourraient comme autre fois disposer d’un axe de communication leur permettant de rejoindre la « civilisation » en passant par Bélizon, j’ignore si Saül sera à terme définitivement relié ou non au reste du département par une véritable route ou piste. Le franchissement d’une douzaine de cours d’eau, en particulier de la rivière Comté était aux dires des initiateurs de cette liaison de 2018 une source de difficultés et de surcoût non négligeable... sans nécessairement en rapport avec le bénéfice procuré.

En dépit de cet enclavement et de l’obligation de s’y rendre par voie aérienne, Saül est aujourd’hui un lieu particulièrement réputé pour les excursions et la découverte de la nature guyanaise, comme en témoignent un certain nombre de sites internet.

 

Si Saül était autrefois appelée la « capitale de l’or » c’est du fait de l’importance des activités de prospection qui avaient lieu tout autour de cette bourgade… L’or était utilisé comme monnaie d’échange, autant pour le jeu que pour le paiement des denrées ou des équipements dont avaient besoin les orpailleurs, moyennant un pesage pointilleux effectué au moyen d’une balance… voire en utilisant comme instrument de mesure de la poudre d’or une simple cuillère…


Pour bien appréhender ce qu’était alors la réalité du travail d’un orpailleur traditionnel, c’est à dire bien avant l’ouverture des placers actuels avec l’emploi massif de bulldozers, de motos pompes, de tapis… et malheureusement le rejet de mercure… voici la remarquable description qu’en faisait le Préfet Vignon à l’occasion de sa tournée sur Saül où il fut amené à visiter quelques chantiers d’exploitation aurifère:

« Chantiers très sommaires : la prospection a lieu dans les rares ruisseaux qui coulent dans un rayon de 50 kilomètres autour de Saül. Elle est effectuée en lavant de la boue dans une batée, sorte de chapeau chinois renversé, en tôle. L’orpailleur l’agite d’un mouvement circulaire, expulsant ainsi la boue. A la fin de la batée, quelques grains de poussière d’or précieusement recueillies. Parfois c’est un petit caillou d’or, de grosseur variable, une pépite qui apparaît au fond de la batée.

Lorsque la densité d’or obtenue est encourageante, un chantier est installé. Très primitif, un canal de planches est construit avec une inclinaison calculée. Le cours d’eau est détourné pour y passer à une vitesse raisonnable. Toute la boue ou le sable aurifère y sont lancés à grandes pelletées. Tous les 50 centimètres environ une traverse de faible hauteur barre le canal, le sluice. Elle retient une petite quantité de mercure qui gardera l’or par amalgame.

Toutes les semaines, le chantier est levé, c’est à dire que le lavage est arrêté pour recueillir la production d’or. Les orpailleurs rompus à tous les travaux, sont d’une habileté et d’une ingéniosité remarquables. Ils n’ont souvent pour seul outil qu’un sabre d’abattis avec lequel ils font tout, de planter un clou à marquer leur passage dans cette forêt où il est facile de se perdre. De plus, chaque orpailleur est un agriculteur car il cultive à ses moments perdus un abattis qui lui fournira l’essentiel de sa subsistance. C’est aussi un chasseur et un orpailleur ne se déplace jamais sans son fusil. Il va quelques fois à la chasse mais il est toujours prêt à abattre le gibier imprudent qu’il pourra rencontrer. »

 

Poursuivant sa tournée aux environs de Saül, le Préfet Vignon nous fait ensuite la description d’une autre forme d’exploitation aurifère possible dans la région de Sophie :

« Dans chaque case, femmes, enfants, vieillards, pilent dans un mortier du quartz aurifère er recueillent poudre d’or et pépites qu’il renferme. C’est le père Malgloire qui leur loue pilon et mortier pour 18 grammes d’or par mois. Les hommes sont sur un chantier voisin. Ils ont dégagé un filon de quartz aurifère. Toute la journée, à l’aide de marteaux et de piolets, ils cassent des morceaux d’or, les trient et ramènent chaque soir des touques de pétrole pleins de morceaux de quartz où apparaissent des traces d’or. Ces morceaux sont pillés le lendemain.

C’est une exploitation aussi rudimentaire qu’à Saül mais ici, ce ne sont pas les alluvions ou les éluvions qui sont traités, mais la roche aurifère, elle-même. »


Après avoir quitté la région centre le Préfet Vignon poursuivit son périple dans un premier temps en empruntant la rivière Mana puis après mise à terre en direction du bassin du Maroni...



(A suivre)...

Témoignage : Chef de Bureau opérations dans un régiment des forces de souveraineté en Guyane française (9)… A la découverte du Maroni et de l’ouest guyanais.


        Après avoir quitté Saül puis le bassin de la Mana, l’expédition du Préfet Vignon se poursuivit en direction de l’Ouest en vue d’atteindre le fleuve Maroni pour rejoindre la côte.





Cette progression se fit dans un premier temps sur un terrain relativement difficile ; ce témoignage nous permet de bien comprendre quelle est la raison principale pour laquelle une progression en forêt primaire se fait à un rythme "excessivement" lent... 

« Deux jours de marche séparent Sophie de la crique La Grève, affluent de l’Innini qui se jette lui-même dans le Maroni ou plus exactement le Lawa, nom que le fleuve porte dans son cours moyen. Il devient le Litany dans son cours supérieur.

Un tracé très étroit, pas du tout entretenu, serpente dans les mêmes collines et les mêmes marécages. Quelques fois des bois tombés dressent devant nous une barrière végétale. Il n’est pas question de traverser ce fouillis de branchages en pleine décomposition. C’est le domaine réservé de toutes sortes d’insectes agressifs : fourmis, « mouches », scorpions, scolopendres ou chenilles dont le contact vaut une brûlure au fer rouge. Il faut le contourner et il n’est pas aisé ensuite de retrouver le tracé. Les mêmes cris d’oiseaux, toujours invisibles, nous accompagnent ou nous précèdent. Nous faisons peu de bruit, la progression en file indienne n'incite pas à la conversation que ralentit encore l’escalade souvent rapide des collines. Le tracé est impitoyablement droit, il franchit les reliefs sans chercher à les atténuer par des courbes.

Nous ne rencontrons aucun gibier dans cette forêt dont le sol paraît désert, toute la vie s’accrochant aux cimes des arbres où elle peut bénéficier du soleil.

A mi-chemin, nous faisons halte au lieu-dit Carbet brûlé, où se dressent effectivement les ruines d’un carbet. Un petit ruisseau à l’eau claire sur fond de galets permet des ablutions si bienfaisantes après une longue marche dans la lourde moiteur de la forêt. Nos vêtements sont à tordre : imprégnés de sueur, trempés et par l’humidité qui s’exhale du sol et par les gouttes d’eau tombant inlassablement des branches des arbres. J’essaye de faire sécher short et chemise au feu de la cuisine. Ce n’est pas une bonne solution. Ils seront raides et durs le lendemain matin, comme empesés, ce qui ne facilite pas la marche. »


Ainsi que le noteront tous ceux qui auront à marcher en forêt primaire cette description d’une progression en terrain difficile est donc particulièrement d’actualité, même soixante-dix ans après… 

La question de l'hygiène corporelle et vestimentaire évoquée par le Préfet Vignon mérite en particulier un petit éclaircissement. Parmi les enseignements qui nous étaient dispensés lors des stages de préparation aux missions en forêt ou sur le fleuve il y a en effet l’importance à accorder non seulement aux soins à la personne à l’étape du soir mais aussi, à la remise en condition du paquetage. Après un bon lavage des vêtements au savon de Marseille, destiné autant à enlever une partie de la boue qu’à dissiper cette odeur de transpiration particulièrement âcre laissée par des heures de crapahut dans une atmosphère chaude et humide… il n’y a pas d’autre solution que d’enfiler au réveil la même tenue. Quels que soient les efforts faits cela ne sèchera pas… et même si la sensation initiale n’est pas des plus agréables, au bout d’un moment on ne sentira plus rien… 

Inutile de dire que dans ces conditions le retour du guerrier à la maison sera perçu… olfactivement… bien avant même qu’on n’aperçoive celui-ci…

 

Quittant Carbet brûlé, et passant par le lieu-dit Cambrouze, l’équipe du Préfet finit par rejoindre Maripasoula en utilisant la crique La Grève. Les termes de Cambrouze et de Maripasoula faisant référence à la flore locale voici ce qu’en dit l’auteur :

« Cambrouze désigne une sorte de bambous redoutables à traverser car porteurs de longues aiguilles. Il en existe d’énormes touffes le long des fleuves et des criques. Ici, elles atteignent des proportions étonnantes. Certaines touffes ont la hauteur de maisons de deux étages. Le vent, frottant les tiges les unes contre les autres, en tire d’immenses plaintes, des gémissements humains. De jour, ils passent presque inaperçus, mais dans le silence de la nuit, ces bruyantes lamentations inquiètent les personnes non averties. »

 

Quand au nom de Maripa-Soula, il provient du palmier Maripa, arbre très commun en Guyane dont l’auteur du Grand Man Baka nous dit qu’il a « un tronc assez court et assez large, d’où s’échappent de magnifiques palmes tombant comme un jet d’eau ».

Ceux qui iront servir au camp Lunier sur le Maroni connaîtront ainsi l’origine du nom de la bourgade de Maripa-Soula, littéralement le saut du Maripa (à ne pas confondre avec le saut Maripa sur l’Oyapock)…

 

A partir de Maripasoula, le Préfet Vignon entama alors la descente du fleuve Maroni en passant par des lieux qui seront très vite familiers à tous ceux qui auront à servir à la compagnie du Fleuve…

Ce qui surprit le Préfet Vignon à son arrivée à Maripasoula fut en effet la dimension du fleuve qui selon ses dires, malgré le fait que l’on se trouvait à environ 300 kilomètres de son embouchure… faisait 1 km de large… appréciation à mon sens largement surestimée car personnellement je l’évalue juste à 500 mètres…

 

A partir de Maripasoula, cette ville interlope que j’ai déjà évoquée précédemment à propos des missions du 9ème RIMa, en remontant le fleuve vers le Sud, on se dirige vers le secteur réservé aux populations amérindiennes.

Le premier village atteint est celui de Twenké situé à l'embouchure de la rivière Tampoc qui marque globalement la limite nord de la zone d'accès réglementée mais qui constitue également un point d'entrée vers les zones d'orpaillage... Pour cette raison nous y avions installé à l'époque un check point destiné à contrôler les pirogues acheminant vers l'intérieur du département le ravitaillement destiné aux orpailleurs illégaux. 

Ensuite, en poursuivant vers le Sud on parvient au village amérindien d'Antecume Pata, littéralement "le village d'André" puisque c'est là que s'était installé André Cognat et dont je reparlerai plus loin...


En revanche, si à partir de Maripasoula on poursuit la descente du Maroni en se dirigeant en direction du Nord, on passe devant un certain nombre de petits villages implantés de part et d’autre du fleuve et peuplés par des populations très différentes d’un endroit à l’autre, populations dont je parlerai également beaucoup plus en détail dans les billets consacrés aux Nègres-marrons.


Écoutons donc le Préfet Vignon raconter cette descente du fleuve :

« Le lendemain, nous descendons le Lawa sur un canot de Saint Laurent. Wacapou, première escale au bout de trois quarts d’heure de navigation assez difficile. Les eaux sont encore basses, les sauts sont très agressifs. Dans quelques mois, les eaux monteront den plusieurs mètres, effaçant rochers et tourbillons.

Mais pour le moment, des roches redoutables, déchiquetées par l’érosion se dressent menaçantes sur le parcours des canotiers. De ci, de là, quelques épaves de canots brisés témoignent de naufrages pas tellement anciens.

Wacapou est très peuplée. Des carbets bien bâtis sur pilotis, couverts de tôle, s’alignent le long de la rive et sur trois lignes de profondeur. De nombreux enfants nus accueillent. Gougis qui sur le Maroni, est chez lui, et jouissant partout d’une très grande sympathie nous fait faire du porte à porte.

A vrai dire, nous rencontrons beaucoup d’Antillais anglais. Si je comprends bien ce qui m’est expliqué, Wacapou est le lieu de détente des Hollandais installé en face à Benzdorp. A une dizaine de kilomètres à l’intérieur sur la rive hollandaise fonctionne un chantier aurifère d’allure industrielle. Quelques habitants de Wacapou y travaillent, traversant le fleuve matin et soir.

Mais surtout, la réglementation hollandaise sur les alcools, les jeux et autres divertissements est très sévère. Aussi les ressortissants hollandais sont-ils heureux de traverser le fleuve-frontière pour s’amuser en face ce qui explique le nombre de bistrots à Wacapou. »

 

Le cours du Maroni étant très changeant d’une période à l’autre de l’année, sa descente ou sa remontée nécessitent une maîtrise des techniques de navigation mais aussi une bonne connaissance des lieux que l’on ne peut acquérir qu’en naissant et vivant sur place :

« Le Maroni, ou plutôt ici, le Lawa est comme tous les fleuves guyanais une succession de biefs calmes coupés de rapides. Mais il offre une particularité : grâce à son énorme débit et à sa largeur, il présente toujours une possibilité de passage quelle que soit la saison. Il existe toujours un « bistouri » par lequel les pirogues peuvent se faufiler. Notre équipage est Boni. A l’avant du canot, un jeune homme est le pilote. C’est lui qui choisit la passe qu’il faut utiliser. Il se dresse, au moment délicat, sur une étroite planche avec un sens de l’équilibre que j’ai toujours admiré et d’un geste hiératique, il indique la direction à suivre. Il signale les rochers recouverts d’eau qui pourraient être dangereux. Ce sont les « gendarmes » car ils forcent à ralentir la vitesse. Dans les sauts, avec un takari ou une pagaie, il aide à la manœuvre. A l’arrière, un autre canotier avec une pagaie renforce son action et le bossman, le chef, est responsable du moteur donc du gouvernail.

J’ai toujours admiré la précision de la coordination des efforts de l’équipage. Passer un rapide est une opération spectaculaire et délicate. Le moindre faux-mouvement, la moindre erreur peut provoquer un naufrage. J’en serai la victime et le témoin plus tard.

Au milieu des tourbillons, des vagues qui s’avancent comme un mur vers le canot et le recouvrent entièrement, des cascades au fracas étourdissant, chantant et riant, les canotiers guident leur pirogue à travers les mille embuches jusqu’aux zones calmes du fleuve.

Ils sont les génies de la rivière. Ils est stupéfiant de les voir nager dans les rapides. Les bras tendus devant eux, ils glissent entre deux eaux, évitant les obstacles comme par miracle et sont capables de parcourir sous l’eau des distances stupéfiantes.

La descente d’un fleuve comme le Maroni est vraiment impressionnante surtout avec Gougis qui n’hésite jamais à passer par la chute principale ce qui abrège le parcours tout en augmentant sensiblement les risques.

Gougis me raconte qu’un de ses passagers a fait tout le voyage, tourné vers l’arrière, pour ne pas voir les sauts.

Ceux-ci ont souvent des noms évocateurs :

Palofini : à l’approche du saut, annoncé de loin par un sourd grondement, tout le monde se tait. Tant parce que le fracas du saut empêche de s’entendre que parce que les vagues rugissantes du rapide incitent au recueillement.

Laissé Dédé : Laissez mourir, est un nom assez évocateur pour ne pas demander d’explication…

Un des premiers sauts du Maroni porte un nom curieux : Haméfes. Gougis l’explique par la fatigue, la lassitude et les courbatures d’un ingénieur géographe arrivé là au terme d’une longue navigation, recroquevillé sur un banc de pirogue parfaitement inconfortable.

Le fleuve, lorsqu’il est calme, décrit de larges courbes. Si larges et si accentuées qu’à Maripasoula le voyageur a la curieuse impression de voir le fleuve couler vers sa source ».


Il est temps à présent, de visiter ces différents villages et de nous intéresser aux différentes populations vivant le long du fleuve Maroni...

Témoignage : Chef de Bureau opérations dans un régiment des forces de souveraineté en Guyane française (10)… A la découverte des populations amérindiennes.


Au cours de nos missions en forêt ou sur le fleuve Maroni, il nous est arrivé à diverses reprises d’entrer en contact avec les populations amérindiennes vivant en Guyane. Premiers occupants du territoire guyanais, les Amérindiens étaient au début des années 2000 estimés à environ 2500 individus se répartissant en plusieurs tribus (Arawaks, Galibis, Oyanas, Emerillons, Oyampis). Longtemps nomades, vivant de la chasse et de la pêche, ces populations s’étaient sédentarisées et étaient protégées.

 

Le billet qui suit reprend une partie de la fiche que j’avais rédigée à l’époque au CMIDOME, concernant ces populations et permettra de donner une première approche à ceux qui iront servir sur le Maroni...





  

11 - Les Amérindiens de Guyane française.


11) Les populations amérindiennes de Guyane relèvent de trois ensembles culturels.

Ces trois ensembles culturels se différencient par la langue mais aussi par leurs pratiques dans les domaines de la poterie, de la vannerie, de la fabrication des arcs… même si toutes ces populations vivent de la pêche, de la chasse, de la culture sur abattis et de l’artisanat.

Ces trois groupes sont globalement :

- l’ensemble linguistique des Galibi (ou Kalinia, Tileuyu) et des Wayana qui appartient à un groupe vivant entre l’Orénoque au Vénézuéla et l’Amazonie brésilienne ;

- l’ensemble des Arawak (ou Lokono) et des Palikur (ou Waliku, Palikuéné) lié au grand groupe Arawak dispersé dans tout le bassin de l’Amazone ;

- l’ensemble des Wayampi et des Emerillon (ou Teko) qui marque l’avancée la plus septentrionale des Tupi – Guarani venus du Paraguay et du Brésil.





12) Une nécessaire protection.

La fiche issue du Mémento du 9ème RIMa déjà cité et consacré à la vie et au combat en forêt équatoriale guyanaise dont je disposais, précisait que cette population très fragile et facilement influençable avait été considérablement décimée au cours des années passées pour cause d’alcoolisme et de prostitution au contact des orpailleurs.

La protection qui leur fut apportée, tant sur le plan santé (contre le risque de rougeole ou de grippe notamment...) que par le biais de la création d’une zone d'accès limité au nord de Maripasoula ont contribué à améliorer leur situation mais cette population subit une évolution rapide de son mode de vie. Comme partout, l’augmentation des contacts avec le monde moderne, ne serait-ce que pour trouver du travail, crée des besoins et favorise l’introduction de nouvelles pratiques, l’acquisition de nouveaux produits comme les moteurs hors-bord, la radio, l’ordinateur, les cellules solaires… Ces contacts avec l’extérieur, notamment sur la côte et à proximité des agglomérations, induisent une évolution des comportements avec en particulier l’augmentation des adultères pour cause de prostitution, de la consommation d’alcool, et des comportements individualistes qui rompent avec un fonctionnement traditionnellement communautariste…

Lors de nos rencontres avec les Amérindiens il était essentiel d’avoir une idée, non seulement des usages et des mentalités de ces populations, mais aussi de leur organisation coutumière. Pour communiquer il fallait en outre recourir à un interprète car tout le monde ne parlait pas le français, la langue traditionnelle étant en usage dans les villages.

Chez les Wayanas, où les traditions étaient les plus vivaces, il y avait ainsi un chef coutumier, le grand man, mais aussi un guérisseur, le chaman… Dans le domaine des pratiques traditionnelles, citons tout particulièrement la cérémonie de passage des adolescents à l’âge adulte, le Marake, et fait étrange pour nous, l’interdiction après leur disparition de prononcer le nom des personnes décédées, le culte des ancêtres n’ayant de ce fait pas cours... Bien mieux, lors du décès d’un chef de village, il était fréquent que le village soit déplacé et change de nom… ce qui ne facilitait pas on s’en doute le suivi des personnes…

A la différence des Wayanas, chez les Oyampis et chez les Emerillons, les traditions étaient beaucoup moins vivaces, voire avaient pratiquement disparu…

 

 

2 - Un renouveau de l’identité amérindienne perceptible mais un avenir incertain.


21) La prise de conscience d'une identité amérindienne.

En 1996, une rencontre internationale des communautés amérindiennes a plaidé pour l’adoption de plusieurs résolutions demandant la création d’une instance spécifique de défense des droits des Amérindiens au sein de l’ONU, la reconnaissance du droit coutumier à égalité avec le droit national ainsi que celle d’une autonomie et d’une souveraineté « relatives ».

La population amérindienne qui vit aujourd’hui dans la zone de responsabilité du 9° RIMa est essentiellement concentrée sur deux sites : 

- d’une part, le haut Maroni où vivent environ un millier de Wayana répartis sur les deux rives du fleuve ; à ceci il convient d'ajouter quelques dizaines d’Emerillons vivant sur la rivière Tampok bien que cette dernière composante de la population amérindienne, assez mobile, soit surtout implantée sur le Haut Oyapock, fleuve frontalier avec le Brésil ;

- d’autre part le littoral où l’on recense environ 300 Arawak installés dans la région de Saint Laurent, ainsi que plusieurs centaines de Galibi autour de Mana et de Cayenne.

Affirmant leur appartenance à l’ethnie amérindienne (par le biais de l’association des Amérindiens de Guyane), ils contrôlaient lors de mon séjour deux mairies. Exception faite des Émerillons, les autorités coutumières avaient conservé à cette époque une partie de leur prestige.


22) La communauté amérindienne rencontrait trois problèmes importants :

Parmi les problèmes observés on notait :

- la difficulté à contrôler une superficie de terre suffisante pour la chasse et la recherche de bois pour les canots compte tenu de l'augmentation des zones d'orpaillage;

- la nécessité de disposer d’écoles plus nombreuses avec un enseignement qui préserve la culture traditionnelle, notamment sur le littoral, tout en préservant leur fonds culturel ;

- la pratique d'activités permettant de s’insérer dans la vie guyanaise, ce qui pose le problème du développement d’un artisanat local et du rôle qu’ils doivent jouer dans la vie du futur parc naturel.

Enfin, conséquence directe de l’exploitation aurifère illégale, le déversement de substances chimiques dangereuses, notamment de mercure dans les cours d’eaux, aboutissant à une grave pollution environnementale qui par le biais des poissons contaminait les individus…


23) Une approche à mener avec discernement.

En termes de comportement à adopter, les consignes données lors de ces contacts insistaient sur le fait qu’il était nécessaire de conserver une certaine distance sans familiarité vis à vis d’eux car c’étaient généralement des gens discrets, hospitaliers, gentils bien qu’influençables… mais qui avaient tendance à se positionner rapidement en quémandeurs… 

En particulier il fallait éviter :

- de déranger ou d’avoir une attitude « en terrain conquis »; 

- de monter les couleurs en pays Wayanas car ces populations-là, fortement sédentaires, ne se reconnaissaient pas comme étant de nationalité française ; 

- d’offrir du vin ou des boissons fortes car habitués à boire seulement du cachiri, faiblement alcoolisé, ces populations étaient très sensibles aux effets de l’alcool ;

- de susciter des tentations inutiles en apportant des objets ou des produits de consommation nouveaux et enfin, d’essayer de se procurer des objets souvenirs type arc, qui du fait de la rareté de la matière première ou du travail exigé pour les réaliser, leur auraient fait défaut…

En revanche, il était conseillé de :

- proposer les services du médecin, de l’infirmier, du dentiste… du mécanicien pour réparer les moteurs de bateaux… sous réserve de l’accord du chef de village, préalable également indispensable pour les prises de vues et les films ;

- d’inviter si nécessaire les hommes à participer à nos missions en raison de leurs qualités de chasseurs, de guides et de leur connaissance du milieu ;

- d’organiser des matchs de football, sport qu’ils affectionnaient tout particulièrement. 

S'agissant de l'alcool et des effets du cachiri, cette boisson fabriquée à partir de pâte de manioc, j'ai eu l'occasion de voir quels étaient ses effets lors d'une fête dans un village amérindien, je crois du côté de Twenké... Je me souviens particulièrement bien d'un Amérindien couché dans un hamac à côté d'une touque de cachiri dans laquelle il puisait régulièrement qui finit à la longue par vomir sous nos yeux le contenu de ce qu'il avait ingurgité tout au long de l'après midi... Si j'en crois ce qu'on m'a dit, il semble que pour conserver le cachiri les Amérindiens mélangent le liquide obtenu après mastication et crachat de l'ensemble dans une jarre... à de l'urine de femme... Dans ces conditions, réalité ou simple ragot, on comprendra que je me sois contenté d'y tremper les lèvres en faisant mine de boire grâce au mouvement de ma glotte... Avec quelques années plus tard la "dégustation" d'un fafarou polynésien un peu "avancé", ce fut là l'une des corvée les plus désagréable de ma carrière de marsouin...



3 - Une expérience originale mais controversée : le village d’Antecume – Pata.


31) L'expérience tentée par André cognat.

Lors de nos missions sur Antecume Prat j'ai eu l'occasion de rencontrer le célèbre André Cognat, ex ouvrier métallurgiste originaire de Sainte Etienne, ayant décidé un jour de partager les vie des Amérindiens de Guyane et de les aider, qui est décédé fin 2021. André Cognat s’était en particulier attaché à défendre les Amérindiens contre les accusations de fainéantise, de vol et d’ivrognerie colportées par les Guyanais à leur encontre. Pour cela, dans ses livres il a mis en avant les réalisations auxquelles ils parviennent comme la réalisation d’abattis, le creusement de canots ou l’édification de carbets. Il a aussi souligné leur endurance à la fatigue à l’occasion des longues marches en forêt pour chasser et leur courage dans le franchissement des sauts. S’interrogeant sur le devenir de ces peuplades, il souligne aussi la nécessité de les protéger contre tous ceux qui les considèrent comme des bêtes curieuses plutôt que de vouloir leur dresser des statuts particuliers. Mettant en accusation la dérive des Emerillons qui vivent à proximité des Créoles et qui ont sombré dans la prostitution et l’alcoolisme, il plaidait pour une démarche d’aide et d’accompagnement à leur profit. Son exemple et celui de ceux qui l’assistent dans son projet de développement associé au sein du village d’Antecume Pata était significatif d'un engagement sincère...



 

32) Un idéal de vie impliquant un retour à la nature…

Comme il l’écrit lui-même : 

«  Il est encore temps, mais urgent toutefois, de se mettre face au problème et de tenter de le résoudre en tenant compte de la situation des Indiens et de leurs idées pour les amener à une vie meilleure. Pour cela il est indispensable que des hommes de bonne volonté s’occupent de ces Indiens en les conseillant, les aidant et en s’efforçant de les comprendre, sans rechercher avant tout un intérêt personnel. Point n’est besoin de gros moyens financiers (je précise même qu’il est indispensable qu’il ne soit pas question de gros moyens financiers), mais seulement de rôles obscurs, dont il ne faut attendre d’autres satisfactions que de sentir battre le cœur d’une petite peuplade ; mais c’est cela qui est le plus précieux.

Je pense que notre civilisation ne leur apportera pas forcément le bonheur, car elle va leur créer toute sorte de besoins, ce qui engendrera sûrement la fin de leur véritable liberté actuelle ; mais hélas ! le mouvement est irréversible… »

« J’ai choisi d’être Indien » – André Cognat (1967)

 

33) Un modèle toutefois très controversé…

Cette expérience ne plaisait toutefois pas à tout le monde... Les premières critiques que j’ai entendues à l’encontre d’André Cognat et de son expérience ne datent pas d’hier car elles figurent déjà dans le livre du Préfet Vignon… Le Préfet était en effet très sceptique tant au sujet de l'efficacité à long terme de cette expérience... et très réservé quant à la personnalité d'André Cognat dont le comportement personnel en terme de moralité avait semble t-il suscité bien des interrogations...

Outre sa personnalité... assez spéciale... qui faisait penser davantage à un gourou tenant sous son influence morale une population relativement docile, l'homme était à mon époque plus ou moins décrié par ses « voisins » métropolitains du fleuve. La raison en était que du fait de la médiatisation de son expérience, ils lui reprochaient de drainer vers Antecume Pata une grande partie des subsides versés par les autorités... Quant aux représentants de l’Etat il était évident qu'ils avaient du mal à accepter l'existence d'une "enclave administrative et humaine" échappant à leur contrôle, sachant que le fait qu'il accueillait ses visiteurs en tenue traditionnelle amérindienne contribuait en quelque sorte à le mettre "hors du temps"... pour ne pas dire "hors sol" en reprenant une expression aujourd'hui courante...

Une chose est toutefois certaine, lors de mes passages sur Antecume Pata j'ai pu constater de visu qu’André Cognat avait néanmoins réalisé des résultats impressionnants et incontestables… La propreté du village, la mise en œuvre d’un enseignement adapté jusqu’à la classe de seconde grâce au CNED, l’initiation à la bureautique, l’apprentissage des métiers du bois… attestaient de ce souci de concilier harmonieusement tradition et modernisme. Un élément significatif était ainsi le fait que si les enfants venaient en cours en tenue traditionnelle... sitôt la classe achevée, ils se changeaient pour s'affubler d'un tee shirt vantant une marque de sport ou de boisson...

Si les quelques métropolitains plus jeunes qui l’accompagnaient dans la réalisation de son projet, soit de façon permanente, soit de façon ponctuelle pour quelques mois étaient semble-t-il passionnés, on pouvait légitimement s’interroger cependant sur l’avenir d’Antecume Pata après la disparition d’André Cognat. Je ne sais donc pas ce qu'il adviendra dans le futur de cette expérience...

Le point positif à l'époque était que les relations entre la population d’Antecume et les militaires du 9ème RIMa étaient bonnes puisqu’en octobre 1999, un certain nombre d’enfants du village avaient été accueillis dans des familles du régiment à Cayenne dans le cadre du programme « Livre en fête ». 


        Malgré ces bonnes relations, ainsi que je le répétais, il était essentiel que chaque chef de détachement de Maripasoula continue à aborder le village avec la même prudence et la même réserve que s’il s’agissait d’une « propriété privée »…

 

(A suivre)...

 

Témoignage : Chef de Bureau opérations dans un régiment des forces de souveraineté en Guyane française (11)… A la découverte des populations amérindiennes. (Suite)

        Dans son recueil de souvenirs le Préfet Vignon nous a relatés son sentiment relativement à la vie et aux problèmes rencontrés par les Amérindiens de Guyane. Son témoignage est donc particulièrement intéressant.


Le fait qu’il y ait depuis 1970 en Guyane une zone où l’accès est soumis à autorisation préfectorale et qui débute au sud d’une ligne reliant Camopi sur l’Oyapock à la confluence des criques Waki et du fleuve Maroni traduit un souci déjà ancien de préserver le style de vie et surtout la santé des populations autochtones :





« Dans un pays comme la Guyane, véritable désert, il était impossible de négliger un potentiel humain, si ténu soit-il. Indiens et Bonis maintenaient un peu de vie dans ce vaste territoire de l’Inini, si peu peuplé depuis le départ des orpailleurs et des coureurs de Balata. 

Je savais déjà qu’en cette matière deux théories s’affrontaient : celle des chercheurs, des ethnologues qui voulaient que ces populations soient farouchement protégées de tout contact extérieur, maintenues dans leur situation originelle et abordées par de rares spécialistes hautement qualifiés ; celle du bon sens qui s’opposait à ce que des individus soient conservés dans leur état moyenâgeux, des conditions de vie plus que rudimentaires, avec une espérance de vie de quarante ans.

J’inclinais en profane, d’instinct vers la seconde solution.

Certes il fallait être très prudent car il est évident que des contacts ma préparés pouvaient être très regrettables : les Indiens sont dangereusement exposés à des germes contre lesquels les Européens sont depuis longtemps immunisés.

Leur apporter la grippe, c’est condamner un village. Tous n’en mourront pas, certes, mais tous seront frappés. Et pour eux, cloués au fond de leur hamac, c’est l’absence de chasse, de pêche et, pour peu que l’épidémie dure, ce sont les récoltes du futur qui sont menacées. C’est la famine qui se prépare.

Malgré ce danger, il faut essayer de les aider. Leur alimentation est mal équilibrée, ils ne peuvent pêcher, ignorant l’hameçon, qu’en fléchant aux périodes de basses eaux, donc très peu de temps chaque année. »

 

Même si le 9ème RIMa n’est pas présent sur le fleuve pour permettre à son personnel de faire du tourisme vert, il serait incompréhensible de ne pas s’intéresser à la vie des populations locales lorsque les missions nous conduisent à entrer en contact avec elles. A mon sens et même sans être ethnologue, celui qui est incapable de cette sensibilité n’a rien à faire dans la Coloniale… Étant donné la brièveté des visites que feront ceux qui auront la chance de se rendre dans un village amérindien, en zone d’accès réservé, la lecture du récit de Robert Vignon permettra d’avoir un œil plus affuté et de noter de visu certains détails qui à défaut seraient passés inaperçus à un observateur peu aguerri. Pour preuve voici un coup de projecteur donné sur leurs réalisations :

« Les indiens sont plutôt des vanniers et des potiers ; ils ont des arcs lourds, rudes à bander, et de très longues flèches, presqu’aussi hautes qu’eux. Contrairement à celles des indiens de la côte, elles ne comportent pas de pointes en métal. Celles-ci sont entièrement en bois, le corps en un roseau léger, souple et robuste, les pointes en bois dur, quelque fois en os. Elles sont richement empennées de plumes d’aigle. »

 

Le témoignage du Préfet Vignon nous permet aussi d’en savoir plus concernant les procédés de chasse des Amérindiens :

« Certaines flèches sont empoisonnées. Leurs pointes sont amovibles. Trempées de curare, elles sont portées dans un étui de vannerie à la ceinture et mises en place au moment de l’emploi. Elles sont surtout utilisées contre les singes. Ceux-ci sont en effet très difficiles à abattre. Ils arrivent toujours à s’accrocher par une patte ou par la queue et même la mort ne desserre pas toujours cette ultime étreinte. Celle-ci est supprimée par le curare qui provoque une paralysie générale.

Ils ont aussi un grand talent pour apprivoiser les bêtes de la forêt. Ils les capturent au nid ou dans leur tanière, les nourrissent avec beaucoup de succès. Les animaux grandissent en leur restant fidèlement attachés et vivent sans entrave autour d’eux. Toute une ménagerie de singes, de perroquets, de toucans, d’agamis, de pécaris ou de cochons bois les accompagnent. Ils dressent aussi des chiens à la chasse. Ces animaux de petite taille sont toujours attachés et particulièrement agressifs. Eux aussi sont passés au roucou ce qui paraît-il les met à l’abri des griffes des tigres, c’est à dire des jaguars.

Les indiens sont d’étonnants chasseurs. Comme je l’ai déjà dit, ils ont la faculté de s’approcher de très près des animaux et ne tirent qu’à coup sûr. Ils ont donc des sens particulièrement aiguisés. Il n’y a ni myopes, ni sourds parmi eux. Et ils savent parler aux animaux, ou tout au moins à certains. Je les ai vu entamer de véritables conversations avec les couatas, ces grands singes noirs, du type araignée à la queue prenante.

Placé sous un arbre, le chasseur poussait quelques cris brefs. Les couatas des environs répondaient et un dialogue se poursuivait entre eux et l’homme. Bientôt, ils se rapprochaient et il était possible de les voir, courant au massacre, en se balançant d’une branche à l’autre au bout de leurs bras démesurés.

Il en est de même pour les agamis, échassiers de taille moyenne à l’étincelant jabot gris perle et aux ailes bleue marine. Ils vivent en vols nombreux et les indiens en s’aidant d’une feuille ou de la lame de leur sabre parviennent à les amener de très loin à portée de leurs flèches.

Ils pêchent également à l’arc. C’est un spectacle magnifique de les voir, dans les sauts, s’approcher avec précaution de l’eau, arc bandé. De la pointe de leurs flèches, ils suivent dans l’eau un poisson invisible pour nous. L’arc se détend, la flèche tourbillonne un instant dans l’eau. L’indien plonge pour la rattraper et ressort en brandissant calmement un magnifique coumarou traversé par son arme. Mais cette pêche ne peut se pratiquer qu’aux basses eaux ; la saison des pluies les rend affreusement boueuses et les poissons deviennent invisibles. /…/. 

 Ils ont une autre méthode de pêche, la nivraie. C’est une liane dont le suc, dégagé par broyage, a pour effet d’endormir le poisson. Ils répandent la nivraie en amont et n’ont plus qu’à ramasser le poisson intoxiqué en aval. Mais ce procédé n’est valable, lui aussi qu’en saison sèche ».

 

« Les arcs et les flèches sont très utiles à la chasse, mais impuissants à protéger les récoltes. Les cochons-bois, qui sont nos sangliers, et les pécaris, de moindre taille, vivent en bande de plusieurs dizaines d’animaux. Lorsqu’ils pénètrent dans un abattis, ils ont vite fait de le dévaster. Et les arcs et les flèches sont incapables de les effrayer, même si plusieurs bêtes sont victimes des redoutables flèches au curare. »



Pour en savoir davantage je renvoie donc aux livres d'André Cognat et de Jean Hurault concernant les populations amérindiennes... Il est temps à présent de s'intéresser à l'autre composante de population vivant sur le Maroni, à savoir les Noirs - Marrons...



(A suivre)...