Quand on est affecté outre-mer, la pratique des activités sportives est souvent plus intense qu’en France, peut-être du fait des conditions climatiques mais aussi sans doute en raison de la nécessité qu’il y a à se trouver des loisirs… Il est évident en effet que ces activités contribuent grandement à souder les individus et aident à faire passer le temps…
S’agissant de ces défis sportifs, j’en ai conservé en particulier trois en mémoire…
Le premier défi physique que nous menâmes à bien pendant ma première année de commandement, fut une traversée à la nage un samedi matin entre la plage du camp de Bel Air et l’île de Gorée ce qui représentait environ 4 kms… Si la distance n’était pas excessive pour des nageurs normaux, surtout compte tenu de notre condition physique d’alors, la difficulté résidait toutefois d’une part dans le fait que notre parcours traversait le chenal d’accès au port, d’autre part dans la hauteur de la houle d’Ouest qui pouvait être parfois significative… Né comme souvent le sont nombre de défis de ce type, c’est à dire au bar du mess, un verre à la main et à une heure un peu avancée… cela reste bien des années après un super souvenir. Nous ne fumes en fait qu’une quinzaine de cadres à effectuer cette traversée, seulement équipés de palmes et de masques, ce qui facilitait quand même pas mal la flottaison et la progression, avec pour toute sécurité deux zodiacs. Garant moral de son bon déroulement et responsable de cette affaire puisque j’étais le plus haut en grade, j’avais confirmé au chef de corps que nous serions encadrés par des embarcations de sécurité… Si les zodiacs étaient effectivement présents, je suis contraint de dire aujourd’hui qu’entre la dispersion des nageurs… car certains contrairement aux consignes n’avaient pu résister à l’envie de se tirer la bourre… et la houle, après le départ je n’en vis aucun… La seule chose que je vis en fait entre deux vagues, c’était de temps en temps au loin l’île de Gorée ce qui me permettait de garder mon cap… Je n’ai même jamais aperçu la navette reliant l’île au continent, c’est dire… Un des nageurs par contre vit de très près celle-ci et trouva un peu long le temps pendant lequel elle le frôla… Ainsi qu’il le dit ensuite, la coque du Blaise Diagne c’est long… En ce qui me concerne, à un moment, grâce au masque, je vis passer sous moi un bestiau que je n’ai jamais identifié mais dont la forme allongée m’incita fortement à accélérer le palmage…
Au bilan tout se passa bien fort heureusement et si je finis bon dernier de ce parcours nautique, le meilleur moment de cette traversée fut néanmoins le pastis que m’apportèrent mes cadres au moment où, encore dans l’eau jusqu’à la taille, je prenais pied sur le sable de Gorée près du fort d’Estrées… Exception faite d’un Ricard accompagné de glace que je bus un jour dans les sables brûlants de Kalaït au Tchad, ce pastis fut sans doute l’un des meilleurs de ma vie… Je ne sais pas si cette attention était une manifestation de cohésion... ou une façon de m’inviter à passer à table rapidement… mais une chose est évidente, le repas qui suivit fut très apprécié…
Ayant appris quelques temps plus tard que la zone comprise entre le port de Dakar et l’île de Gorée était fréquentée par pas mal de requins, dont des requins marteaux… d’un commun accord nous décidâmes de ne pas renouveler l’expérience l’année suivante… et personne n’insista outre mesure… chose aisément compréhensible… Il faut savoir se modérer parfois...
Malgré cela, le BOI ayant décidé de nous programmer sur le camp de Bel air un stage nautique, nous dûmes par la suite nous remettre à l’eau à diverses reprises… et même de nuit… Je me souviens tout particulièrement de cette séance nocturne où nageant aux côtés de mon adjoint le long de la digue de Bel Air, celui-ci pince sans rire me demanda si je savais où nous étions… Devant mon ignorance, il me rétorqua en riant que cela s’appelait une passe aux requins… Repensant à mon visiteur de la traversée de Gorée, je finis le parcours en marchant littéralement sur les eaux…
Une seconde activité mémorable intervint pendant ma seconde année de commandement… A l’issue d’un séjour au camp de Dodji, je fus autorisé par mon chef de corps à effectuer un retour sur Dakar en courant dans le cadre d’un relais de compagnie, activité qui m’avait été refusée l’année d’avant par son prédécesseur qui m’avait dit en substance que cette activité serait mal vue des Sénégalais, très jaloux de leurs prérogatives, car elle ne s’inscrivait pas dans la zone d'évolution prévue par les accords de coopération…
Dans le cadre de ce challenge sportif le défi que nous nous étions fixé était d’effectuer un retour en relais de section sur 300 km en moins de 24 heures jusqu’à Dakar, en bas de treillis et rangers… Compte tenu de la chaleur et afin de ne pénaliser aucune de mes sections, j’organisais donc la course en deux parties : une spéciale opposant simultanément en fin de journée toute les sections sur un parcours de 30 km nous menant du camp à l’aérodrome de Linguère, puis ensuite dans la foulée des étapes de section pour rejoindre Dakar avec prise de relais pour chacune d’entre elle à un endroit déterminé… La longueur de chaque tronçon était laissée aux choix de chaque chef de section. Le but de la spéciale était de déterminer en fonction des ordres d’arrivée à l’aérodrome le choix du tronçon par chaque chef de section car du fait du terrain et de la température les conditions ne seraient pas identiques… Attendant mes sections au niveau de la manche à air, assis sur le capot de ma jeep, j’eus la surprise de voir arriver à tour de rôle et à seulement quelques minutes d’intervalle les unes des autres, ces dernières en provenance pratiquement des quatre points cardinaux… la première arrivée étant celle qui avait pris un guide local et qui avait coupé à travers la brousse… L’affaire se passa ensuite sans souci et en moins de 24 heures, à quelques minutes près, le contrat fut rempli…
Enfin, un troisième défi sportif, bien sympathique, fut notre participation à un triathlon sportif organisé entre la baie de Ngor et le phare des mamelles, tout au bout de la presqu’île du Cap Vert… On pouvait concourir pour cette épreuve soit en individuel, soit en équipe de six, comprenant deux nageurs, deux cyclistes et deux coureurs à pied. Mon officier adjoint, mes quatre chefs de section et moi même nous nous groupâmes au sein de cette équipe. En dépit de nos efforts, notre temps d’arrivée à cette épreuve fut supérieur à celui d’un sous-officier, adepte du triathlon qui enchaîna seul les trois disciplines… L’important fut toutefois de participer et surtout de festoyer ensemble ensuite…
A tout ceci s’ajoutaient bien entendu les séances de sport réglementaires, prévues dans notre emploi du temps… Dans une ville aussi encombrée et polluée que Dakar, il était bien agréable de faire son jogging dans le camp en suivant globalement de l’intérieur du camp l'enceinte, sans risquer de terminer en figure de calandre d’un car boubou ou d'avoir à enjamber des ordures, voire des carcasses d'animaux morts dont les effluves vous remontaient l’estomac... Là encore, mon nez a gardé la mémoire olfactive des poubelles de la baie de Hann qui faisaient qu’un jogging section du lundi matin s’achevait parfois en dégueuloir de masse…
Pour terminer, j’évoquerai enfin les séances de saut en parachute organisées pour le personnel inscrit en 2eme section des Troupes aéroportés. Bénéficiant de ce dispositif depuis mon passage à l’AMT de Djibouti, je sautais régulièrement avec mes cadres, ce qui était une façon à la fois de me faire plaisir mais aussi de me rapprocher d’eux… Régulièrement prévenu par le patron de la "section des babouins" que j’ai déjà évoqué qui d’une voix de stentor gueulait en passant devant le bureau « Les hommes, demain il y a saut… Je vous inscris mon capitaine ? »… je ne manquais aucune séance. Étant donné que nous sautions alors près du lac Rose en bordure de l’Atlantique, la sortie de l’avion se faisait souvent au raz des vagues et parfois même au-dessus de la barre… le vent nous ramenant ensuite vers la terre ferme… Si à ma connaissance personne ne s’est mouillé les pieds, beaucoup finirent une fois en arrivant directement sur les tôles ondulées du village de Niaga… En ce qui me concerne, après avoir survolé une rangée de puits qui se rapprochaient un peu trop vite à mon goût, j’atterris ce jour-là sur un tas de fumier au milieu des volailles…
Pour mon dernier saut, qui fut sanctionné par la remise du brevet para sénégalais, nous eûmes enfin droit à un saut sur plan d’eau dans la baie de Hann… J’en ai gardé un souvenir assez mitigé car au départ, lors de l’instruction préalable à ce type de saut, nos moniteurs ne parvinrent pas à se mettre d’accord sur les modalités de croisement des sangles sous-cutales avec le type de parachute en dotation dans l’armée sénégalaise que nous utilisions… Le débat s’acheva donc en gros par un « Démerdez-vous !… » sans qu’une décision n’ait été prise. Ayant opté avec quelques autres pour la formule du croisement des sangles, pendant la descente qui dura un certain temps car on nous largua à 700 m au-dessus de l’eau, mais craignant de passer au travers de ma fessière, je retardais le plus possible le moment de me déboucler… Étant particulièrement concentré sur ma crainte, je ne me souciais guère en fait de savoir où j’allais arriver ce qui fait que dans la phase finale je ne passais que de justesse au-dessus de la digue de pierres pour aller me vomir dans la mer, une cinquantaine de mètre plus au large… Le résultat final fut que j’atterris encore harnaché dans l’eau et que du fait du vent, je fus remorqué un long moment par mon parachute sous la surface… découvrant du même coup ce qu'est l'effet de cavitation... Ceci me permis de constater que s’il y avait bien là encore deux zodiacs de sécurité par sauteur, je n’étais pas prioritaire… Étant enfin parvenu à me déharnacher j’attendis patiemment ma récupération…
Enfin, une chose est certaine tout ceci reste un super souvenir…
(A suivre)...


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