La série de billets qui suit est consacrée à un témoignage relatif au temps de commandement que j'ai effectué à la Martinique comme chef de corps du régiment du SMA. Ce quatrième séjour de longue durée, après Djibouti, le Sénégal et la Guyane, s'inscrivait parfaitement dans le choix de carrière que j'avais fait, à savoir servir au delà des frontières de l'hexagone... J'espère que certains des éléments que j'exposerai pourront être utiles à ceux qui seront affectés dans cette île que j'ai beaucoup aimée mais aussi à ceux qui iront servir dans les rangs d'une unité du Service militaire adapté...
En 2002 j'ai donc été désigné pour effectuer un temps de commandement de chef de corps, comme un certain nombre de camarades ayant suivi en même temps que moi l'Enseignement militaire supérieur du second degré... Cette désignation ne fut pourtant pas une mince affaire et elle n'intervint qu'au terme d'une "légère" tension avec les gestionnaires de la DPMAT... que je vais évoquer au mépris du politiquement correct...
Ayant été orienté après mon temps de commandement de capitaine vers l’Enseignement militaire supérieur du second degré par la voie EMSST, j’avais effectué à l’issue de ma scolarité du CID trois années au sein de l’EMAT / CRH comme chargé d’études. Pendant ce temps, mes camarades de scolarité passés par la voie état-major prenaient eux des bureaux opérations – instruction en régiment… A l’issue de mon affectation en état-major, la logique d'emploi compte tenu de mon ancienneté, aurait voulu qu'au vu de mon expérience passée (AMT Djibouti et Guinée Conakry) je sois muté outre-mer en Assistance militaire technique ou pour occuper un poste de commandant en second pour reprendre contact avec « la troupe »… Au lieu de cela, la DPMAT décida étonnamment de m’affecter comme chef de bureau opérations – instruction au 9eme RIMa, soit trois années après mes camarades… faisant donc de moi l’un des doyens dans ce type de poste ainsi que je l'ai évoqué précédemment…
A mon retour en France, j’appris toutefois que le nombre trop important d’officiers brevetés par rapport au volume de corps de troupe à commander contraignait le gestionnaire à détourner un certain nombre de brevetés techniques vers la voie de l'expertise pour réguler le surnombre... Lors d'une séance d'orientation au bureau mêlée de la DPMAT, le colonel para métro chef de bureau m'annonça donc que j'étais prévu pour prendre l'EIREL de Strasbourg et qu'il me fallait basculer dans l'expertise si je voulais pouvoir passer "colonel plein"... et accessoirement prendre un jour le commandement du Centre de relations humaines de l'EMAT... Refusant une telle perspective qui allait d'une part m'obliger à quitter la Coloniale, d'autre part à renoncer un nouveau séjour outre-mer, je refusais donc catégoriquement, précisant que je me demandais bien dans ce cas pourquoi on m'avait fait prendre un bureau opérations instruction dans un régiment outre-mer, poste dans lequel j'avais visiblement donné satisfaction comme en témoignait ma notation, et qui est censé traditionnellement vous préparer à l'exercice d'un temps de commandement de régiment... Avec une mauvaise foi évidente, mon interlocuteur me dit dans un premier temps que je devais m'estimer chanceux car tous mes camarades brevetés n'avaient pas eu la chance de prendre un BOI (!) ... d'autre part que je ne passerai pas colonel si je refusais son option... Refrénant une forte envie de lui renverser son bureau "sur la gueule" face à ce chantage, je lui répondis que cela m'importait peu de rester cinq galons panachés car il y avait plein de gens sympathiques et compétents parmi les lieutenant-colonels... Je quittais néanmoins son bureau un brin "contrarié" par cette entrevue... et quand je dis contrarié, c'est là une figure de style... Fort heureusement, je fus quelques temps plus tard à nouveau convoqué par son successeur, un colonel marsouin, qui m'accueillit en riant et en me disant que si son collègue m'avait mis la tête sous l'eau lui allait me la sortir et que je serai donc proposé pour un temps de commandement outre-mer... Après la pluie venait le beau temps en somme...
L'appétit venant en mangeant comme on le sait, je demandais donc parmi les formations disponibles pour l'été 2002 en premier choix le RIMaP / NC puis le RSMA de la Martinique mais ce fut ce dernier qui me fut confié car parait-il j'étais le seul volontaire pour le SMA... Je sus tout de même par la bande qu'un "esprit tordu" avait quand même envisagé de me faire retourner une seconde fois en Guyane pour prendre le commandement du 9eme RIMa, pensant peut-être me punir, mais sans doute quelqu'un jugea-t-il qu'un retour sur la "terre du bagne" deux ans à peine après en être rentré était un peu exagéré... et tant qu'à faire la Martinique avec ses Antillais soit disant "in-commandables" me ferait les pieds...
Malgré la frustration de ne pas commander un régiment classique, je fis avec et j'avoue que le SMA fut pour moi à la fois une révélation... et le début d'une parenthèse professionnelle passionnante qui allait durer cinq ans... et me tiens encore au coeur...
Pour parler de cette expérience professionnelle et humaine qui m'a littéralement fait découvrir une facette de la vocation coloniale chère à Gallieni, je m'appuierai donc sur le document que j'avais rédigé à titre de plan d'action... document qui ne me fut jamais réclamé par aucun de mes patrons qu'il s'agisse du COMSMA, du COMSUP ou du Préfet de région qui était pourtant mon autorité de tutelle... un haut fonctionnaire redoutable et redouté des chefs de service déconcentrés de la Préfecture de Fort de France qui allait quelques années après être le Préfet de police de Paris au moment de l’attentat du Bataclan…
Quand je dis qu'à cette époque un chef de corps du SMA jouissait d'une liberté d'action sans comparaison avec celle de ses homologues des Forces, tant outre-mer qu'en France, je pèse mes mots... Outre la distance me séparant de l'un d'entre eux, sans doute faut il y voir là aussi la conséquence d'avoir trois patrons, chacun veillant soigneusement à ne pas empiéter dans le domaine du voisin... Dans ces conditions la liberté de manoeuvre du chef de corps consistait à toujours rester sur la frontière floue entre les différentes légitimités… et aussi plus sérieusement à accepter d'exécuter sans sourciller un boulot pas évident avec des "moyens de gueux", comme c'était le cas à l'époque...
Après avoir accroché le portrait de Gallieni au mur de mon bureau, histoire de montrer à chacun que "l'élevage de cochons" et le "maraichage" s'inscrivaient autant dans la tradition coloniale que la défense de la maison Bourgerie dont le tableau ornait aussi un autre mur, j'entamais la rédaction d’un plan d'action qui n'allait pas être diffusé immédiatement en raison des ajustements progressifs qu'il allait falloir intégrer au fil des mois... quitte à en faire plutôt un document de synthèse intermédiaire...
(A suivre)...


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