Gestion de l'expatriation (7) : Les difficultés de vie quotidienne des expatriés aujourd'hui...


            La femme « coloniale » que je viens d’évoquer dans un précédent billet a aujourd’hui disparu. Elle a désormais cédé la place à celle qu’il convient d’appeler désormais une expatriée et qui tout comme autrefois, dans plus de 90 % des cas, est une femme qui accompagne son époux même si de plus en plus de jeunes filles choisissent d’elles-même de troquer un avenir professionnel incertain en France pour partir en célibataire rechercher du travail à l’étranger.

Même si les années ont passé, il semblerait cependant que la femme expatriée connaisse encore, toutes proportions gardées, bien des soucis que devait affronter son aïeule, d’autant que nombre d’entre elles n’ont pas nécessairement les prédispositions requises pour faire face à ce qui reste encore à de multiples égards une "aventure à risque"...




1 - L’expatriation une "aventure à risque" pour de nombreuses femmes…

Ainsi que cela a déjà été précisé dans un billet précédent, l’expatriation constitue en effet encore aujourd’hui une démarche souvent difficile à vivre pour une jeune femme suivant son conjoint, pour ne pas dire une réelle aventure personnelle, exigeant suivant les destinations, la mise en œuvre d’une ouverture d’esprit et d’une capacité d’adaptation, parfois hors du commun, ce qui n’est pas nécessairement donné à tout le monde. 

Le premier point clé de toute expatriation, répétons le, est l’importance d’avoir bien fait le bilan avant le départ sur les motivations qui guident le projet ou les conditions dans lesquelles on va partir… ce qui est loin d’être toujours le cas dans de nombreux couples… Dans la majorité des cas, lorsqu’on leur demande de préciser les raisons pour lesquelles des personnes ont décidé ou accepté de s’expatrier et en faisant abstraction du fait que c'est pour les personnes en couple un prolongement de la vie familiale, les trois motifs les plus souvent avancés, suivant un ordre de priorité à relativiser en fonction de l’âge et de la situation individuelle, sont :
- en premier lieu, le goût de l’aventure et du changement, élément qui concerne souvent les plus jeunes ;
- ensuite, le désir de relever un défi, un challenge et de bénéficier de perspectives professionnelles plus intéressantes pour la suite, cette motivation semblant affecter de préférence des salariés déjà relativement expérimentés et ayant encore un bon potentiel de carrière devant eux ;
- enfin, le besoin de découvrir d’autres cultures, d’autres horizons, besoin qui tend à se faire sentir chez ceux qui estiment avoir fait « le tour de la question » dans leur emploi actuel.
Si ces motivations obéissent à des logiques différentes, pas nécessairement exclusives les unes des autres, la plupart du temps ces motivations se combinent en un dosage variable suivant l’âge et les situations de chacun.
D’autres éléments de motivation, comme la rémunération, le besoin de « tourner une page »… peuvent aussi intervenir mais le plus souvent c’est de façon marginale ou cela ne semble concerner qu’une minorité de personnes.
Quel que soit le cas de figure, de l’avis général, le plus important dans la réussite d’une expatriation n’est toutefois pas le type de motivation... Ce qui compte surtout c’est le fait de savoir clairement pourquoi on part, sachant que la famille dans son ensemble doit être associée à la réflexion afin que chacun mesure bien tous les enjeux et difficultés de ce départ qui doit aussi devenir un projet de vie et qu’on s’assure que cette motivation au départ est bien réelle et partagée.
Malheureusement, ainsi que nous le savons bien, certaines expatriations ne se déroulent pas comme prévu… que ce soit en milieu civil ou militaire... Les échecs et les retours anticipés sont nombreux, ceci pour des raisons étrangères aux impondérables comme les accident de santé ou une évolution de la conjoncture locale exigeant un retour anticipé de la famille.


2 - Les causes des échecs.

Les échecs des expatriations, qui surviennent dans 40 % des cas aux dires des spécialistes, sont rarement dus au hasard et souvent... prévisibles bien avant le départ…

D’une façon générale, parmi les facteurs majeurs expliquant l’échec de la majorité des expatriations et présentés dans un billet précédent, deux d'entre eux en particulier seraient à l'origine du mal vivre de certaines femmes à savoir :
- une mauvaise préparation intellectuelle, matérielle et psychologique avant le départ rendant le choc culturel encore plus marqué ;
- enfin, un manque d’attention accordé en cours de séjour à la famille par le conjoint, l'épouse devenant « transparente » pour reprendre un terme que l’on entend parfois… Lorsqu’en outre ce « désintérêt » porte sur un conjoint qui a renoncé à son propre emploi pour « suivre » et qui ne parvient pas à « s’approprier le séjour », rien de surprenant à ce que l’impact du choc culturel se fasse sentir de façon au moins aussi forte si ce n’est plus, à la maison qu’au bureau…
Trop souvent négligé voire ignoré au motif qu’il relève de la vie privée, l’importance du facteur famille est pourtant essentielle car c’est de lui dont dépend l’équilibre au travail du cadre expatrié alors même que chacun s’accorde à dire qu’un séjour en expatriation est un formidable révélateur de la solidité du couple… Si ceci est valable dans le monde civil cela l'est tout autant dans le monde militaire... et pourtant on n'en parle guère, l'épouse faisant traditionnellement ''partie du paquetage''...


3 - Les difficultés du quotidien d’une épouse expatriée.

Indépendamment de la faiblesse de certaines prédispositions à la vie dans un pays étranger et du désintérêt d'un époux trop absorbé par ses activités professionnelles, l’étude des difficultés rencontrées par les femmes qui partent en expatriation souligne l'effet pénalisant de certains facteurs à savoir :
- la mauvaise maîtrise de la langue locale qui peut devenir une barrière isolant la femme dans son logement ou la cantonnant à un microcosme d’expatriées…
- les différences de mentalités qui gênent sa compréhension de la population locale et les échanges…
- les écarts de rythme de vie et de travail qui perturbent la scolarité de ses enfants et le mode de vie familial…
- la nécessaire adaptation à de nouvelles contraintes induites par des législations ou des réglementations différentes d’un pays à l’autre, comme par exemple l’interdiction faite aux femmes de conduire en Arabie saoudite qui compliquent sérieusement la vie quotidienne et se révèlent frustrantes…
La fatigue psychologique induite par la nécessité d’une profonde remise en question personnelle destinée à s’approprier le nouveau cadre de vie débouche sur ce qu’on appelle le choc culturel que j’estime plus marqué chez le conjoint qui reste à la maison que chez celui qui travaille à l’extérieur.
Aux dires de nombreuses femmes, la préparation matérielle avant leur départ pour l’étranger, pourtant essentielle à l’acclimatement et la vie de la famille, a été très souvent pénalisée par le manque de temps. Nombre d’expatriées insistent en outre, sur le fait qu’elles n’ont pas eu le temps matériel nécessaire après leur arrivée pour s’approprier « en douceur » leur futur environnement de vie et de travail. Beaucoup de personnes avouent ainsi qu’elles auraient notamment apprécié de bénéficier sur place d’un minimum de temps libre pour pouvoir organiser leur vie future avant même que leur conjoint commence à travailler… Au niveau familial, trouver un appartement, s’inscrire dans un club de sport ou de loisirs, se faire une place dans un réseau relationnel, connaître les adresses indispensables au soins, aux achats, s’acquitter sans souci des formalités administratives, des inscriptions scolaires… sont autant de points de passage obligés pour trouver ses marques qui s’avèrent dans les faits fortement chronophages…
Trop souvent l'époux expatrié, contraint de prendre son poste pratiquement au premier jour de son arrivée,  relègue la gestion de ces problèmes à son conjoint, qui doit se débrouiller seul ou s’adresser aux amicales existantes.
La mauvaise préparation psychologique enfin, se révèle être un facteur particulièrement pénalisant pour une bonne intégration locale du conjoint. Les expériences d’expatriation les mieux réussies semblent en effet être généralement celles où les personnes ont pris le temps de s’informer préalablement au départ sur les conditions de vie locale ainsi que sur les pratiques et la culture du pays grâce à des discussions avec des personnes y ayant séjourné, grâce à la lecture de quelques ouvrages choisis et à la consultation de quelques sites internet tout en prenant garde ainsi qu’on l’a déjà dit auparavant au poids des préjugés qui pourraient naître pendant cette phase… et perturber l’intégration locale. 
Se familiariser avec une nouvelle culture et s’adapter à un nouveau contexte de vie et de travail nécessitent donc de « laisser du temps au temps »… et en la matière, tout ce qui pourra être engrangé avant le départ donnera lieu à un « retour sur investissement » non négligeable, une fois sur place.


4 - La réalité de l’expatriation pour une femme : souvent une mise entre parenthèse de la vie professionnelle et pas mal de frustrations.

L'idée d’expatriation au soleil fait rêver beaucoup de femmes qui souhaiteraient découvrir un autre horizon de vie, loin de la grisaille de l'hexagone, mais la réalité s’avère souvent décevante pour beaucoup d’entre elles...

Lorsque ces dernières ont un emploi intéressant en France, un tel choix implique dans 90 % des cas une mise entre parenthèse de leur activité professionnelle. Trouver un emploi en tant que conjoint d'expatrié relève en effet du parcours du combattant et c'est bien souvent ce chômage forcé qui rend l'expatriation amère pour le conjoint. 
Parfois, pour éviter la possible crise conjugale et de façon exceptionnelle, l'entreprise de l'expatrié tend la main au conjoint pour l'aider dans sa recherche d'emploi mais au final les conjoints doivent souvent se brader pour avoir le "luxe" de travailler. En outre, lorsque le niveau de vie local est peu élevé, comme c'est souvent le cas en Afrique et dans les pays du Tiers monde en général, le conjoint d'expatrié doit se contenter d'un emploi sous le régime du contrat local avec un salaire relativement bas, voire très bas... du moins lorsqu'il n'est pas confronté en outre au problème des emplois réservés aux nationaux.
Tout comme la femme de colonial du siècle précédent, même si le confort est souvent au rendez-vous dans les grandes villes, la vie d’une expatriée n’est donc pas pour autant toujours facile et enrichissante. Il semblerait bien qu’en dépit d’internet, de la télé par satellite, des rémunérations confortables, du confort de logement... beaucoup connaissent à leur façon nombre de problèmes de leurs ainées…
Ainsi, aujourd’hui comme hier, pour celles qui « suivent », il faut apprendre à s’approprier le séjour, à fréquenter un milieu relationnel qu’elles n’ont pas choisi, à résoudre les petits soucis d’approvisionnement, à découvrir une langue et un environnement nouveaux, à vivre souvent en parallèle d’un conjoint submergé de travail… et surtout à faire face à l’inévitable choc culturel...
Les échecs coûteux de bien des expatriations professionnelles, parfois suivis même de divorces, sont très souvent à mettre au compte de l’inadaptation d’un conjoint désœuvré ou en perte de repères, à un mode de vie par trop atypique. Faute à la fois d’une aptitude suffisante au départ et parfois d’une bonne préparation intellectuelle, matérielle et surtout psychologique, le séjour peut ainsi parfois se transformer en drame humain et familial. Aujourd’hui plus qu’hier encore, l’expatriation constitue le révélateur de la solidité d’un couple, surtout quand on sait que ce nouveau cadre de vie dissimule bien des tentations…


5 - L'inévitable confrontation à la tentation de l'exotisme féminin du conjoint, une réalité toujours d'actualité sur de nombreuses destinations...

Si les hommes ont été très sensibles à l'époque coloniale au charme féminin indigène ainsi qu'on l'a vu précédemment, il ne faut pas croire pour autant que cette inclination ne soit plus d'actualité...

Autrefois les relations sentimentales établies du fait du célibat forcé avec des autochtones ne franchissaient généralement pas la passerelle du bateau ramenant nos Anciens vers la France... même s'il est certain qu'elles laissaient des traces indélébiles dans la mémoire de ces hommes au moment où ils se préparaient à retrouver une famille qui les attendait dans l’anxiété… Le fait de devoir vivre pendant de longs mois, voire pendant des années pour ceux qui ont connu la captivité, dans l’inconfort et la solitude, de risquer sa vie de façon quotidienne... accentuait encore leur déficit affectif et physique... et permet de comprendre les coups de canifs parfois donnés au contrat de mariage. A situation exceptionnelle, comportement exceptionnel dirons nous donc...
L’une des plus jolies formules employées pour parler de ces liaisons exotiques passagères a sans doute été celle du fils du lieutenant-colonel Broche lorsqu’il nous dit en substance avec une pudeur indéniable dans son livre "Le bataillon des guitaristes" que son père avait reporté sur une jeune vahiné l’amour et la tendresse qui l’unissaient à sa femme…
Une chose est toutefois certaine, les femmes françaises d’autrefois ont su dans leur majorité « s’adapter », c’est-à-dire dépasser leurs doutes, pardonner… pour préserver un mariage qui n’aurait sans doute pas résisté à notre époque actuelle…

Pour beaucoup de femmes expatriées actuelles, les soucis qu’ont connus leurs aieules du temps de la colonie à cause des femmes exotiques sont parfois encore de mise en de nombreux endroits… et tout particulièrement en Asie où l’on s’aperçoit que le « Mal Jaune » de nos pères n’a pas disparu.
Si les « congaï » vietnamiennes de nos Anciens ont été remplacées dans les familles par des « maids » philippines et pour les célibataires par des « bars girls » cambodgiennes ou thaïlandaises dans les soirées, si les « taxi-girls » chinoises hautaines d’autrefois que nous décrivait Bodard ont désormais cédé la place aux « sarong party girls » singapouriennes en quête d’un occidental diplômé promis à un brillant avenir, les unes et les autres évoluant aux deux extrémités de l’échelle sociale, l’Asie illustre en effet particulièrement bien la pérennité du mythe de la femme exotique.
Pour un nombre non négligeable de femmes expatriées mariées, ce climat ambiant où il est facile pour un homme de faire des rencontres car les critères de "moralité" ne sont pas les mêmes qu'en Occident, ne va évidemment pas sans poser de problèmes… Nombre de tensions surgissent ainsi notamment en période de vacances scolaires lorsque l’épouse et les enfants rentrent en France pour se refaire une santé… laissant monsieur seul à son bureau de Singapour ou de Shanghaï en tête à tête quotidienne avec une ravissante jeune assistante chinoise, souvent sur-diplômée, ou à la maison avec une maid philippine peu farouche… Je ne développerai pas plus ce sujet mais vous comprendrez aisément qu’un séjour en expatriation soit encore plus qu’autrefois le révélateur de la solidité d’un couple…

Les multiples visages de l'exotisme féminin :
de la Vahiné polynésienne à l'assistante chinoise
sans oublier la Bar girl cambodgienne, la Maid philippine ou la Fatou africaine...


6 - Le cas particulier des célibataires...

Pour recentrer le sujet de cet article sur la ''population militaire'', intéressons nous donc au cas de nos jeunes cadres officiers et sous-officiers souvent encore célibataires lors de leur premier départ en sejour... Même si le Cambodge ne constitue qu'une destination ne concernant que quelques rares privilégiés, un exemple très intéressant du rapport entretenu par les célibataires au milieu féminin autochtone nous est donné dans le livre de Frédéric Amat « La drôle de vie des expatriés français au Cambodge ». Les observations que fait l'auteur peuvent en partie être transposées à d'autres destinations. A sa lecture force est de constater qu'aujourd’hui tout comme à l’époque des Lartéguy et des Bodard, la fascination de la « femme exotique » reste étonnamment forte chez beaucoup de célibataires expatriés, en dépit même des problèmes que posent ces unions... 

Dans ce livre, bien qu’il ait dû, ainsi qu’il me l’avait confié, atténuer ses descriptions sous la pression de son environnement, l’auteur dresse un portrait au vitriol de la vie que les Français mènent au Cambodge et de leur rapport à un environnement féminin que je qualifierai de relativement « facile à fréquenter »… Si cette facilité de contacts que l’on retrouve à travers presque toute l’Asie, mais aussi en Amérique latine ou en Afrique, que ce soit dans le cadre du travail comme à l’occasion des loisirs, débouche assez facilement pour les célibataires sur des unions, de l’avis général c’est surtout après que les difficultés commencent...

@Skullface JP Arts

Parmi les points les plus intéressants que soulève Frédéric Amat il y a bien entendu pour les célibataires rencontrant l'âme soeur loin de la mère patrie, les difficultés que pose l’acculturation respective des deux parties dans un couple mixte. Ce problème est encore plus accentué nous dit l'auteur quand la nouvelle épouse est une toute jeune femme qui arrive directement du milieu rural sur Phnom Penh et qui doit s’adapter non seulement à la vie urbaine mais aussi à la fréquentation d’un milieu social différent et étranger. 
Pour un certain nombre de jeunes célibataires, si la première rencontre féminine susceptible de déboucher sur un "plus si affinités" est celle qu'ils peuvent faire sur leur lieu de travail, pour pas mal d'autres cette rencontre intervient aussi à l'occasion d'une sortie nocturne... et c'est là que débutent pas mal de problèmes...
En effet, lorsque la jeune femme a travaillé comme hôtesse dans un bar de nuit, lieu de prédilection pour les rencontres faciles d'un célibataire, ou à un niveau social plus élevé comme employée dans un hôtel fréquenté par une clientèle occidentale, il est évident qu'après la rencontre l'homme attend de sa "moitié" un changement radical de mode de vie... 
Corollaire de la rencontre, ainsi que nous le dit Frédéric Amat, il y a donc pour cette jeune femme tout à la fois un changement de style vestimentaire pour devenir quelqu'un de respectable aux yeux des relations de son nouveau compagnon, la rupture avec son environnement relationnel habituel et bien entendu l'abandon d'une "source de revenus" dont une partie était destinée aux besoins de la famille de l'intéressée...
S'agissant du changement de style vestimentaire, chose qui pourrait sembler à première vue un détail insignifiant, il est parfois difficile pour cette jeune femme de comprendre qu’elle doive brutalement renoncer à ce précisément qui faisait apparemment son charme auprès de l’homme qu’elle a rencontré... mais qui n’est plus de mise pour une épouse d’ingénieur ou de responsable commercial… 
En ce qui concerne l'environnement relationnel, même chose... Il y a en effet peu de chances que la fréquentation de copines délurées, vivant la nuit et menant une existence au jour le jour faite d'insouciance... soit du goût de son compagnon... En d’autres termes, s’il est relativement facile pour un homme expatrié de sortir une jeune Cambodgienne d’un bar, il lui est en revanche plus difficile de « sortir le bar de la tête de la fille »… Ce constat ne se limite d'ailleurs pas à la seule Asie mais est valable pour de multiples pays.
Quant à l'abandon de la "source de revenus principale", si le conjoint occidental n'intègre pas le fait qu'il va désormais devoir participer même modestement à l'entretien de la famille élargie... il y aura nécessairement pour la jeune femme une perte de face aux yeux des siens et des tensions à la maison...
Si la liaison se poursuit, viendra alors inévitablement la confrontation de l'intéressée avec le problème du départ vers l'Europe pour cause de fin de séjour de son conjoint... Ce sera alors la découverte de la vie dans un pays froid où il faudra apprendre une nouvelle langue, se faire à de nouvelles habitudes culinaires, mener une existence souvent morne dans une banlieue grise bien éloignée des images de carte postale évoquée par les affiches publicitaires de la Tour Eiffel vues à la devanture des agences de voyage, s’insérer dans une nouvelle famille tout en s’éloignant de la sienne... et côtoyer un environnement relationnel non choisi...
En somme, c'est toute la problématique de l'expatriée déjà évoquée mais inversée qui attend notre jeune exilée à son arrivée en France... accrue par le fait que le niveau d'éducation de l'intéressée n'est pas le même. Le choc culturel qui en découle est à mon sens donc disproportionné par rapport à celui qui affecte une occidentale débarquant en Afrique, en Asie... ou dans n'importe quel pays du Tiers monde.






En ce qui concerne l’homme expatrié, le choix d’une compagne étrangère, quel que soit son milieu social originel, exige donc en retour une adaptation à de multiples contraintes et le renoncement à certaines activités, habitudes ou sources d'intérêt et de distractions... Indépendamment des points précédemment soulignés se pose en effet la question des différences culturelles insurmontables qui au vu de ce que j'ai constaté au fil du temps autour de moi contribue grandement à l'usure d'un couple mixte... Tout le monde n'a pas en effet la chance d'avoir une compagne ou une épouse du type caméléon... et si on n'est pas capable de faire son deuil d'un concert de musique classique, d'une séance de cinéma d'art et d'essai... ou plus banalement d'une sortie au théâtre, l'avenir s'annonce sombre pour le candidat à une union matrimoniale multiculturelle...
De là l'échec de bien des unions exotiques...


        Ainsi que nous venons de le voir, quand on commence à creuser un peu la problématique de la vie de la femme au delà des frontières, on s’aperçoit très rapidement que quelle que soit l’époque, la candidate au départ sous les tropiques a été et est encore contrainte de s’adapter à un univers toujours dépaysant et parfois hostile, pour faire face aux aléas de la vie loin de France.
Certaines des difficultés auxquelles les femmes d’autrefois étaient confrontées ont bien entendu aujourd’hui disparu du fait des progrès de l’hygiène et de l’amélioration du confort de vie, des moyens de communication ou des modes de transport. Mais d’autres soucis en revanche ont remarquablement résisté comme par exemple la difficulté à s’acculturer dans une société différente, l’ennui du quotidien à surmonter lorsqu’on ne travaille pas sans oublier parfois même… la lutte à mener contre des rivales exotiques, dont l’attrait sur les Occidentaux reste encore indéniable aujourd’hui comme hier…

            A une époque où ce ne sont plus les amibes ou les épidémies qu’elle doit redouter, mais bien plutôt le spleen et les effets du démon de midi sur son conjoint, le devenir d’une Européenne sous les tropiques reste donc parfois aussi incertain que celui de ses ainées…

1 commentaire:

  1. JLM, non, non rien n'a changé... Ma Mère, jeune prof expat, a connu cela mais mon Père, Cambodgien fêtard, était un coureur de jupons. Les chats ne faisant pas des chiens, j'ai connu la même chose mais cela m'a valu un divorce à la différence de mes feu-parents..

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