Tout le monde n’ayant pas l’occasion de découvrir l’intérieur de la Guyane, à l’attention de ceux qui voudraient en savoir davantage et en complément des nombreuses vidéos disponibles sur le Net, j’ai souhaité retranscrire sous forme de larges extraits un certain nombre de commentaires que nous a laissés le Préfet Vignon lors de ses périples.
Un premier billet sera donc consacré à sa visite sur l’Oyapock…
Lors de sa première tournée sur la frontière brésilienne au début de 1948, à l’issue d’un cabotage lui ayant permis de gagner l’embouchure du fleuve Oyapock, le Préfet Vignon entreprit une remontée du fleuve afin de rejoindre le village de Saint Georges de l'Oyapock qui sert de poste-frontière avec le Brésil. L’entrée dans la rivière Oyapock n’était pas aux dires du Préfet Vignon des plus faciles car la largeur de l’embouchure due au fait que c’était aussi la confluence avec la rivière Ouanary, en faisait un véritable bras de mer rendant dangereuse du fait des vagues, l’utilisation de pirogues conçues avant tout pour des navigations fluviales.
Si aujourd’hui on peut relier sans difficulté par la route Cayenne à Saint Laurent du Maroni ou à St Georges de l’Oyapock, il n’en n’a pas été de même pendant longtemps. A l’époque du Préfet Vignon il n’existait en effet aucune route et il fallait emprunter un caboteur pour rejoindre le village Saramaka de Tampac puis celui de Ouanary sur l’Oyapock. Ensuite c’était la pirogue et le franchissement du saut Maripa...
La route de l’Est s’arrêtait ainsi à mon époque au niveau de Regina et le pont reliant la Guyane au Brésil n’était encore qu’un projet controversé car beaucoup estimaient alors que l’ouverture de cette route allait déverser un flot d’immigrants sur le département…. et pas seulement d’honnêtes travailleurs… Un élément à ne jamais perdre de vue est le fait que pour les Brésiliens, l’Amazonie est assimilée à un front pionnier, identique à ceux que l’on trouvait autrefois en allant vers l’Ouest des États Unis ou vers la Sibérie…
Dans ce type de développement, les structures de l’État ne sont mises en place que progressivement ce qui explique que ce soient souvent des zones de non droit où le pouvoir du plus fort et du plus nanti l’emporte fréquemment sur la justice. Tout comme c’était le cas au Far-West, les exploitants individuels, les orpailleurs, les trafiquants en tous genres arrivent en premier, puis ce sont les prostituées et les marchands, et enfin les forces de l’ordre et les structures administratives qui peu à peu remplacent les militaires qui ont ouvert ou accompagné le développement de ce front pionnier. Inutile de dire que la transition entre ces différentes phases n’est pas nette…
Le Brésil étant un pays offrant de multiples facettes il convient de toujours bien se rappeler que la composante d'une population d'origine brésilienne avec laquelle on peut entrer en contact en Guyane n'est pas nécessairement la plus reluisante...
Même dans une ville moderne comme Belem où nous étions allés prendre contact avec une unité de l'armée brésilienne, j'ai pu constater que les moeurs ne sont pas les nôtres... ce qui ne choque pas nécessairement les gens. Rentrant avec mon chef de corps et deux autres camarades à notre hôtel après une soirée passée avec nos correspondants brésiliens, le taxi qui me ramenait dut arrêter dans une rue car un autre véhicule empêchait le passage... Il s'agissait d'un type qui négociait les tarifs d'une toute jeune prostituée enceinte... et pratiquement arrivée au terme d'une grossesse... Cette gamine ayant l'âge de nos enfants, cela jeta comme qui dirait un froid dans la voiture... personne n'osant plus ouvrir la bouche après cette vision de la réalité du Tiers monde brésilien... bien différente des images des plages ensoleillées de Rio de Janeiro... Autres lieux, autres mœurs... Je reviendrai plus tard sur certains points en rapport avec cela dans un billet spécialement consacré à la vie en séjour dans ce qu'il faut considérer davantage comme une enclave en Amérique du Sud que comme un département français...
En ce qui concerne Saint Georges de l’Oyapock qui dépend de l’arrondissement de Cayenne, donc se situant dans la zone de responsabilité du 3ème REI qui y a un poste, je n’ai eu qu’une seule fois l’occasion de m’y rendre lors d’une liaison en Puma. A l’issue de notre visite du poste, le pont n’ayant pas encore été bâti, mon homologue nous amena ensuite en bateau déjeuner sur la rive brésilienne ce qui nous permit d’avoir un aperçu d’Oyapoqué, bourgade qui n’avait rien à envier à Maripasoula question ambiance… même si la présence militaire brésilienne contribuait à y stabiliser les choses.
Déjà, à l’époque du Préfet Vignon, la contrebande et les trafics en tous genre fleurissaient à Saint Georges de l’Oyapock :
« Saint Georges de l’Oyapock était alors une petite commune qui, comme les autres, sombrait doucement dans l’abandon. La situation frontière face au Brésil maintenait une certaine activité commerciale, grâce à une évidente contrebande. Celle-ci était d’ailleurs bénéfique à la Guyane : elle permettait l’écoulement de produits coûteux, tel qu’alcools, vins et parfums avec en contrepartie, l’importation de denrées essentielles comme le riz, par exemple. Des douaniers débonnaires remplissaient des états, frappaient de tampons multiples des documents divers, et fermaient les yeux sur un trafic qui ne gênait personne. »
S’agissant du fleuve Oyapock lui-même, sa navigation n’est pas aussi aisée que celle sur le fleuve Maroni, en raison de la présence d’un saut infranchissable que nous décrit ainsi l’auteur du Grand man Baka :
« Avant de quitter la région, nous allons admirer le premier saut du fleuve, le Cafesoca, ou saut Maripa, selon qu’on considère le bas ou le haut, le « pied » ou la « tête » du saut. C’est un saut très étalé, et surtout ce qui est rare en Guyane, très dégagé. De la tête du saut il est possible de l’embrasser dans sa totalité. Et c’est un enchantement ! Des rochers aux formes rudement découpées par l’érosion, ou au contraire, couverts de végétation plongeant dans le fleuve alternent avec des plages de sable doré, illuminées de paillettes de mica. Il est possible de le traverser en sautant de roches en roches. Il est facile de s’y baigner dans certains coins protégés, piscines naturelles décorées de fleurs mauves qui apparaissent sur les roches dès que le niveau de l’eau baisse un tant soit peu. Mais il est pratiquement impossible de franchir le saut en pirogue. Celle-ci doit être portée sur près de deux kilomètres par une piste tracée dans une admirable forêt, en franchissant plusieurs petits cours d’eau qui compliquent encore la situation. »
Pour contourner ce saut qui est présenté comme le plus redoutable parmi la centaine qui jalonnent le cours de l’Oyapock et qui s’étend sur 2 kilomètres avec un dénivelé estimé à 14 mètres, une petite voie ferrée avait été autrefois créée au niveau de « Piedsaut » pour permettre le halage des pirogues mais elle n’est plus en service.
En remontant le fleuve Oyapock on parvient enfin au village amérindien de Camopi où je ne suis allé qu’une seule fois dans le cadre d’une liaison aérienne puis jusqu’au lieu-dit Trois sauts. Le 3ème REI y entretient un poste permanent :
@ Davric — collection personnelle, Domaine public
(A suivre)...




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire