Témoignage : commander une unité de combat dans une formation prépositionnée en Afrique (4)… Un rythme d’activités assez soutenu.


Pour en revenir à mon unité, sa composition était un peu particulière, car avec de mémoire environ 150 hommes elle s'articulait en une section de commandement, trois section de combat montées soit sur VLRA pour deux d'entre elles, soit sur SUMB pour la troisième, chacune équipées d'une mitrailleuse de 12,7 sur véhicule, et une section d'appui à base de mortiers de 81 mm. 


Le VLRA, un outil incomparable...


Deux des sections de combat étaient commandées par des lieutenants d’active et une par un sous-officier venant du 8eme RPIMa. La section mortiers par contre était commandée pendant ma première année par un ancien des combats d'Ati, un sous-officier réunionnais au patronyme normand doté d’une grande gueule mais que j’ai beaucoup apprécié tant pour sa compétence que pour son loyalisme et que je salue ici s’il me lit… Sa tendance un brin usante à me rappeler régulièrement qu’en cas de mise sur pied de guerre les plans prévoyaient qu’il pouvait passer pour emploi direct auprès du commandant des Forces françaises du Cap Vert, faisait qu’en gros, lorsque je donnais mes ordres pour un exercice il y avait d’une part les ordres aux sections de combat… et d’autre part les ordres au « chef de l’artillerie des FFCV »... ce qui amusait prodigieusement les premiers…

Opinant du chef et insensible aux ricanements des autres chefs de section, le « ComFeu des FFCV » était alors content de la considération qui lui était portée et me fichait ensuite une paix royale… comme quoi il en fallait peu pour le satisfaire… Force est toutefois de constater que l’ancien d’Ati se sortit de chaque prestation ou campagne de tir avec les honneurs de la guerre car sa section était parfaitement opérationnelle et bien drillé. Son successeur, un sous-officier au calme olympien que j’appréciais lui aussi beaucoup en raison de sa personnalité et de son professionnalisme, mais nettement moins haut en couleurs, sut préserver cet héritage et être lui aussi toujours au rendez-vous pendant les parcours à tir réels ou les démonstrations de feu. 

Disposant de VLRA adaptés grâce à un renfort de caisse, la section mortiers pouvait mettre en œuvre ses pièces sans les débarquer, directement à partir de la plate-forme du véhicule ce qui était bien pratique pendant les manœuvres. Cette section d'appui était donc un magnifique outil qui à la fin de mon commandement fut renforcé par un groupe antichar Milan afin de nous apporter une allonge des feux appréciable et parfaitement adaptée à la configuration sahélienne de notre théâtre d'engagement.

 

Ayant pris mon commandement un vendredi soir, nous débutâmes une manœuvre dans la foulée avec nos camarades sénégalais dès le lundi matin... Ceci fait que je démarrais donc mon temps de commandement sur les chapeaux de roues... sans même connaître mon personnel, exception faite des chefs de section que j'avais à peine rencontrés... Plus que ma compagnie, j'avais donc un peu le sentiment de commander une troupe de manœuvre un peu à la façon dont on le pratique en école... En dépit de cette méconnaissance, il semble que l’affaire se déroula de façon correcte si je me fie aux observations positives qui me revinrent du PC... L'examen de passage fut d'autant plus réussi en interne qu'un de mes chefs de section ayant perdu une lunette de LRAC lors de la traversée d'un village sénégalais, je récupérais celle-ci lors de mon passage et la lui restituais sans état d'âme ou commentaires particuliers... Le fait de traiter cette affaire comme une banalité qui pouvait arriver à n'importe qui permit de montrer à mes cadres quel était mon caractère, à savoir que je ne m'affolais pas pour rien... 

Lors de cet exercice conjoint dans le Siné Saloum j'avais toutefois bien noté que les différences d'équipement en véhicules pénalisaient à divers titres la section sur Sumb car la consommation, l'autonomie et les capacités d'emport de cette dernière étaient loin de celles des sections sur VLRA. La nature sablonneuse des sols dans une grande partie du Sénégal faisait en outre que dès qu'on attaquait le hors-piste, la température et la consommation des véhicules essence devenait ahurissante... Dès le retour au camp de Bel Air je procédais donc à un remaniement en enlevant à la Commandement et aux deux sections sur VLRA un de leurs véhicules que je remplaçais par un SUMB d'allègement ce qui fait que chacune des sections de combat avaient désormais ses trois groupes de combat sur VLRA et sa logistique, notamment l'incontournable glacière chargée de bières FLAG, dans un Sumb chargé en outre d'un fut de 200 l de carburant... ce qui en faisait quand même un peu une bombe roulante... Il y eut bien entendu des grincements de dents et je fis semblant de ne pas remarquer que le véhicule cédé n'était pas nécessairement celui en meilleur état... mais au bout du compte l'affaire fut acceptée par tous... et la mobilité de la compagnie s'en ressentit grandement.

 

Un second examen de passage fut quelques mois après ma prise de commandement la préparation du contrôle technique et là, j'avoue que le boulot fait par tout mon monde fut largement à la hauteur... Mon regret fut cependant que les résultats obtenus, supérieurs à ceux des autres unités, ne furent pas mieux pris en considération par mon premier chef de corps, ceci en dépit des éloges du chef des Services techniques... Comme évoqué précédemment, ainsi qu'il me le dit quelques temps après, je venais d'arriver au bataillon donc paraît-il, il n'avait pas encore eu vraiment l'occasion de se faire une idée... Pour compenser mon amertume et récompenser le travail fourni je ne pus qu'inviter quelques un des cadres qui avaient contribué aux excellents résultats à boire le Champagne à l'hôtel Teranga, établissement de luxe de la corniche... L'addition fut à la hauteur de leur investissement mais ainsi va la vie... et c'est ce qui fait que ces moments sont mémorables...

 

En termes d'activités, du fait des accords de coopération, nous ne disposions pas d'une grande marge de manœuvre pour notre entraînement. Hormis les manœuvres franco sénégalaises qui nous permettaient de sortir de la presqu'île du Cap Vert, nous ne pouvions que nous rendre au champ de tir de Thiès à une soixantaine de kilomètres en suivant un itinéraire normé longeant la route et la voie ferrée... Entre Dakar et Thiès nous avions fort heureusement dans le secteur de Sébikhotane une zone où nous pouvions faire du combat et même bivouaquer, mais au bout de quelques mois nous en avions fait le tour... L'intérêt majeur était toutefois que dans cette zone il y avait le village de William Ponty qui avait été autrefois une sorte de campus pour la formation des futurs cadres administratif de l'Afrique de l'Ouest... Bien que cette école soit désormais plus ou moins en ruine, elle offrait un bon emplacement pour du combat en localité avec de vrais maisons, des égouts et des terrasses... A force de persuasion je finis un jour par convaincre mon camarade qui commandait l’escadron de me prêter une de ses AML 90 pour faire du combat rapproché anti-char dans le style de celui qu’on pratiquait autrefois à Mont Louis… Toujours soucieux de réalisme et trouvant que les éponges marqueuses des LRAC de 89 faisaient un peu léger pour affirmer notre supériorité sur la blindaille, nous ajoutâmes dans le parcours des tirs de grenades à fusil inertes mais effectués avec des cartouches à blanc… Le résultat fut incontestablement à la hauteur de nos espérances puisque l’affaire se solda par la mise hors d’état d’un tuyau d’échappement de l’AML… et le jet de l’éponge si j’ose parler ainsi… de la part du chef de char qui jugea plus prudent d’arrêter là les frais…

 

La présence de cadres TAP qui ne me parlaient que de leurs crapahuts passés à travers la Montagne Noire fit que je décidais un jour de les prendre au mot, question rusticité, et de faire un retour de compagnie à pied dans la nuit depuis Thiès après une séance de tir, mais avec tout l'armement de dotation sur le dos, y compris bien entendu les mortiers de 81 mm portés à dos d'homme... Lorsque je fis exécuter ce retour de compagnie sur Dakar depuis le champ de tir de Thiès avec tout le matériel, dont les fameux mortiers pour lesquels il fallut débloquer les chasubles et autres impedimenta prévus pour le transport des différents fardeaux, inutile de détailler l'hilarité générale des « fantassins » à la vue des « artilleurs » transformés en bêtes de somme… La configuration du sol, essentiellement sablonneuse, la chaleur ambiante firent que ce ne fut pas vraiment une partie de plaisir d'autant que pour des raisons de sécurité à l'arrivée sur Dakar les 20 derniers kilomètres durent s'effectuer en marchant en fin de nuit le long de la plage... Ce crapahut sur une longue distance ne fut pas le seul et par la suite nous eûmes d'autres occasions de parcourir la savane de nuit... notamment dans le Saloun.


S'agissant des mortiers, afin d'éviter l'ennui de son personnel pour qui jusqu'à présent les exercices de combat se limitaient à des mises en batterie et à des préparations de tir jamais effectués... je fis ressortir des losfelds. En positionnant la section derrière un mouvement de terrain on pouvait ainsi déclencher réellement des tirs réduits sans voir l'objectif et même faire effectuer des réglages par un observateur placé en avant...


Position de tir mortier de 81 mm

 

Deux fois par an nous partions pour une campagne de tir effectuée à Dodji, dans la région de Linguère, à environ 300 km au nord-est de Dakar, dans un camp militaire saisonnier installé au cœur du Ferlo, région semi-désertique soumise une grande partie de l'année à l'harmattan, ce vent brûlant et desséchant.

Une épidémie de fièvre jaune dans la région du Fleuve nous ayant conduits à annuler une première campagne de tir ce n'est qu'un certain nombre de mois après mon arrivée que je pus enfin découvrir ces paysages sahéliens de la région de Dodji qui à certains égards rappelaient ceux de Moussoro et de Kalaït que j'avais connus quelques mois plus tôt, car nous n'étions pas très loin de la frontière mauritanienne. 

Ayant découvert avant ma prise de commandement les contraintes liées aux parcours à tirs réels dans des camps comme La Courtine, je fus un peu surpris de voir que nous disposions là d'une grande latitude pour monter et effectuer nos parcours, sous réserve globalement de nous assurer que l'espace était dégagé de la présence de nomades et de troupeaux, que nous tirions sur la capitale de tir prévue et que nous respections en interne les mesures de sécurité adéquates... S'agissant des nomades, ces derniers étaient suffisamment au fait des choses pour évacuer prudemment les lieux bien avant notre arrivée... Quant au reste, en dépit du vallonnement du paysage sahélien ce n'était pas très compliqué... mais encore fallait-il faire attention pour ne pas se laisser imprudemment griser par la latitude d'action qui nous était accordée car la catastrophe peut survenir très vite. Ainsi par exemple, me retrouvant à la fin d'un parcours à tirs réels avec une des mines éclairantes que nous avions mis en place pour améliorer la visibilité en fin d'après-midi et qui avait fait long feu, pour gagner du temps je cédais à la tentation de la détruire sur place avec les explosifs utilisés pour le parcours... Tout se passait très bien... jusqu'au moment où mon adjoint et ami se penchant vers moi me dit d'une voix détachée : "Voyons, mise en œuvre d'explosifs n'appartenant pas au lot réglementaire de destruction, de nuit, sur des objets métalliques par du personnel non habilité et avec absence d'abri de protection à proximité... Est-ce bien raisonnable" ?... En un instant les paroles de mon adjoint me firent prendre conscience du fait que nous venions d’enclencher la spirale qui conduit souvent à l'accident... Bien évidemment je fis aussitôt stopper cette destruction sauvage et fit venir à grands coup de gueule l'artificier du bataillon, furieux de quitter sa guitoune à cette heure indue... c'est à dire à l'heure de l'apéro ou de la douche. Une chose est certaine, trente ans après je te remercie Bertrand de ce rappel qui fut salutaire et que j'ai gardé en tête pour la suite des évènements !... 

On ne le redira jamais assez, il est essentiel lorsqu'on mène une action donnée de toujours conserver en réserve un observateur, c'est à dire quelqu'un de non impliqué dans la dynamique de l'affaire en cours et de ce fait capable de garder la tête froide... Lui seul est capable d'avoir du recul.

Compte tenu des interdictions de tir par-dessus troupe que nous devions respecter, il m'arrivait parfois pour pallier ce problème de monter des parcours section, voire compagnie, non pas en progression comme on le fait généralement, mais au contraire en reculant. Sur le thème du combat retardateur, après avoir fait tirer une section, je la repliais et dès qu'elle était passée au niveau du recueil, ce dernier ouvrait à son tour le feu en même temps que les mortiers et ainsi de suite, suivant le procédé classique du repli en tiroir ou en perroquet... C’était réellement passionnant car une fois le système rôdé, tout fonctionnait à merveille.

La nature du sol, si elle rendait difficile la marche, permettait toutefois à moindre effort la réalisation de remarquables positions de combat enterrées que ce soit pour les fantassins comme pour les pièces mortiers, positions en tous points conformes aux prescriptions des règlements d’aménagement du terrain.

 

Ces séjours à Dodji furent donc des moments de grande satisfaction mais aussi parfois de déception… En deuxième année de commandement, à la veille d'une nouvelle campagne de tirs, il fut en effet décidé que je serais soumis à un contrôle opérationnel lors de notre montée vers le Ferlo… Après la mise sur pied et le contrôle des dotations de mon unité au quartier, séquence qui se passa sans problème, nous primes la route du Nord-est pour remplir une mission de combat. Suivant le thème fixé, après avoir gagné une zone de déploiement, il me fallait prendre le contact avec un élément ennemi venu du nord puis le freiner progressivement… Le souci fut d’une part que mon contrôleur n’était pas le chef du Bureau opérations-instruction, quelqu’un que je respectais profondément et bien connu dans l’Arme, mais un officier avec qui je ne m’entendais pas du tout à cette époque…, d’autre part que la mission reçue n’était adaptée ni au terrain ni à mes moyens, car je ne disposais pas d’arme anti-chars, exception faite de mes LRAC de 89 mm… S’agissant du terrain, plat comme la main, aucune des lignes d’arrêt qui m’avaient été fixées n'était valables... Ainsi que je le fis remarquer un peu vivement à mon contrôleur, à part m'accrocher au carroyage de la carte je ne voyais pas très bien ce que je pouvais faire... Je ne suis pas certain qu'il apprécia mon coup de gueule...

Pour rajouter un malus de plus au dossier, le destin fit en outre que lors de notre montée vers le Nord, en pleine nuit, sur le coup des 2 ou 3 heures du matin, un de mes VLRA fut percuté par un camion civil transportant des oranges qui lui à l’inverse roulait vers le Sud et dont le conducteur s’était endormi… Que fichait sur cette route déserte ce camion isolé en pleine nuit, chargé d’oranges et surtout venant de Mauritanie qui n’est pas comme chacun sait une région productrice d’agrumes… c’est là un grand mystère que je n’ai jamais pu percer… A croire que c’était là un tour des djinns… En outre, alors que le bahut en question aurait pu dévier de sa route n’importe quand sur cette ligne droite de plusieurs dizaines de kilomètres et déserte à cette heure-là, il avait fallu qu’il attende de croiser mon VLRA pour cela… Sous le choc presque frontal, la roue avant gauche du VLRA se replia sous le moteur, ce qui permit à celui-ci de glisser sans dévier de sa trajectoire sur la route et surtout sans faire de tonneaux… Nous n’eûmes donc fort heureusement aucune victime à déplorer… 

Ce qui est cocasse par contre, c’est que s’agissant du camion civil, du fait que la route était un peu en surplomb, il disparut littéralement après l’impact et s’évanouit dans la nuit en allant se vomir avec son chargement de fruits une centaine de mètres plus loin dans les broussailles… Réveillés en sursaut, ni les marsouins de la caisse ni le chef de groupe ne comprenaient ce qui s’était passé… d’autant que les explications du conducteur du VLRA, bégayant car encore sous le choc, étaient pour le moins aussi embrumées que son esprit… Il avait beau parler d’accident avec un camion, personne ne voyait d’autre véhicule à proximité, certains facétieux se demandant s’il n’avait pas rêvé… Pour un peu on aurait en effet presque pensé à une illusion… Ce n’est en fait qu’en retrouvant des oranges dispersées sur la route puis en suivant leur éparpillement sur le sable que l’on finit enfin par retrouver la carcasse éclatée de ce maudit bahut civil et son conducteur, sonné mais fort heureusement indemne… Le traitement final de cette affaire fut assuré par les services techniques du bataillon mais comme me le dit ensuite mon chef de corps, c’était 200 litres d’eau bénite qu’il y avait dans le réservoir du VLRA…

Ceci s’ajoutant au reste, cette affaire de contrôle opérationnel se passa donc mal… et j’eus même des mots avec mon contrôleur… Ce n’est finalement qu’après m’être rétabli sur le camp de Dodji pour y achever ce contrôle par un parcours à tir réel défensif et de nuit que nous pûmes enfin donner la mesure de notre savoir-faire… L’exercice commença enfin à devenir intéressant avec l’exécution de tirs repérés de nuit, l’utilisation de mines éclairantes et d’obus de mortier éclairants pour une pièce sur quatre…  Malheureusement, le verdict final fut qu’en raison de notre faible investissement moral dans cette affaire, il nous faudrait recommencer… Le fait que personne ne prit le soin d’évaluer la qualité des tirs d’infanterie et de mortiers, pourtant remarquables, et le caractère injustifié de cette sanction en partie à mettre au compte du « coup de pied de l’âne », provoqua chez l’ensemble de mes cadres de la colère et un réflexe de cohésion autour de ma personne. A défaut de fêter des éloges, après avoir expliqué le pourquoi du comment avec une transparence qui surprit quelque peu certains au PC… nous fîmes donc un pot histoire de célébrer collectivement cette « cagade », décidâmes que ce serait désormais « mort aux cons » pour tous les emmerdeurs… et entamâmes une campagne de tir qui nous fit oublier ce désagrément… même si intérieurement j’en avais "gros sur la patate"…

Ce que j’ignorais, c’est que dans une réaction de solidarité mes cadres décidèrent au retour au camp de boycotter toutes les activités de cohésion du corps à venir qui seraient organisées hors service… M’étant rendu à un loto, ce fut un de mes lieutenants qui vendit la mèche car il s’étonnait de voir que j’avais mis fin à ce boycott... dont je ne soupçonnais pas l’existence… Tout redevint à la normale mais inutile de dire qu’il me fallut dissiper le malentendu en « haut lieu » car l’affaire commençait à irriter et à tourner au vinaigre… beaucoup pensant que j'en étais l'instigateur. En tous cas si cette attitude de mes cadres me fit chaud au cœur… il était temps que les choses rentrent dans l’ordre.

Ce fut d’ailleurs à des fins d’apaisement que je dus aussi modifier la devise de l’unité… Un de mes lieutenants qui avait dans sa section un VSLOM tailleur de pierre avait fait réaliser par ce dernier une magnifique rangers, histoire d’affirmer notre identité rustique face à nos camarades de l’escadron blindé, avec comme inscription sur sa stèle la devise « Snoc Xua Trom ». L’affaire en serait restée là si le chef de corps passant par-là à l’issue de son sport ne m’avait appelé un jour pour me demander si cette devise était dédiée… à nos visiteurs... Je ne vous dis pas quelles furent mes explications un brin embarrassées… Dans la foulée je la fis donc disparaître et nous la remplaçâmes à la satisfaction générale par la devise « Etre jeune » et par un poème qu’on attribue traditionnellement au général Mac Arthur… 


La stèle évoquant la rusticité de la compagnie... avec la devise du scandale


Quelques semaines plus tard nous refîmes sans difficulté un second exercice sensiblement identique au premier dans la région de Thiès, sur un terrain incontestablement mieux adapté et avec une progression à pied suivi de tirs de combat, histoire de montrer au passage ce que nous avions dans le ventre et dans les chargeurs… sous le suivi cette fois ci du chef de BOI qui était à mon sens l’une des seules autorités qualifiées pour ce type de contrôle… L’affront reçu fut donc lavé sans souci, mais près de 40 ans après et même si je me suis rabiboché depuis avec mon premier contrôleur que j’allais retrouver à l’état-major de la DIMa, j’en garde encore au fond de moi une profonde blessure… Le destin toujours aussi facétieux fit par ailleurs que deux ans plus tard, alors que j’étais au bureau Emploi de la DIMa, c’est moi qui fus chargé de vérifier le dossier de mon ancien chef de BOI dans le cadre d’un contrôle opérationnel de son régiment… 


Là encore inutile de dire ma gêne... et notre amusement commun…



(A suivre)...

2 commentaires:

  1. Belle évocation du 23 et de Bel-Air, que j'ai découvert en 82 à l'occasion de N'Djambour III puis nettement plus longtemps (durant 2 ans) à la fin des FFCV et la dissolution du bataillon.

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  2. Le passage de « Snoc Xua Trom » à « Être jeune » reste une remarquable conversion doctrinale J’imagine aussi le moment de solitude après la question du chef de corps au retour de son sport
    Merci pour ce souvenir savoureux, reflet de l’esprit de nos unités, entre traditions, humour et adaptation.

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